Les violences envers les élus et la suppression des taxes locales sont également citées
Quarante maires démissionnent chaque mois en France, a révélé un ministre, accusant l’impact de la pandémie lors des dernières élections locales en 2020.
Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, a déclaré en réponse à une question des sénateurs : « Nous avons eu beaucoup de démissions en tout début de mandat, dont certaines étaient certainement liées au Covid, et un contexte difficile quand prise de fonction ».
Il a poursuivi en disant que la violence envers les élus était également un facteur.
Réduction des pouvoirs des maires
M. Béchu répondait aux propos tenus par David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF), lors d’un entretien avec Le Figaro.
M. Lisnard a affirmé que les démissions d’élus locaux avaient atteint des « niveaux sans précédent », qu’il a qualifiés de « révélateurs de la crise civique visible dans tous les domaines, dans un pays marqué par la montée de l’abstention, des agressions, etc ».
Le ministre a confirmé que 1 293 maires avaient démissionné depuis 2020, mais a déclaré que c’était « comparable » aux années précédentes.
Entre 2014 et 2020, il y a eu 2 925 démissions.
L’AMF a répondu en insistant sur le fait que le nombre de démissions était plus élevé que par le passé, reflétant une bureaucratie accrue et une réduction des pouvoirs des maires en raison de la suppression des impôts locaux.
Les habitants se plaignent davantage
Pierre Pantanella, président de l’Association des maires ruraux de l’Aveyron, a déclaré que la pandémie et l’augmentation de la bureaucratie étaient à l’origine des démissions.
« Je pense que Covid a eu un grand impact sur les gens : ils se plaignent plus qu’avant », a-t-il déclaré.
« La société est maintenant de plus en plus individualiste et les gens veulent tout tout de suite.
« Ils iront voir le maire à propos d’un lampadaire cassé, et penseront qu’en claquant des doigts ce sera réparé. Quand ce n’est pas le cas, ils reviennent et insultent le maire.
« Je le prends dans ma foulée, mais pour les jeunes maires, je peux comprendre qu’ils se sentent attaqués. »
Les maires sont en première ligne
Il a dit que ce n’est pas un phénomène nouveau, mais qu’il a été amplifié par les médias sociaux, alors que les différends étaient auparavant réglés localement.
« Historiquement, les maires sont en première ligne de la société française.
« Ce sont les représentants de l’État et de l’autorité dans la commune, et ceux vers qui les gens s’adressent en cas de problèmes familiaux ou de problèmes avec leurs voisins.
« Les gens sont un peu plus agressifs qu’avant. Nous avons perdu cette fraternité. On ne sait plus s’écouter. »
« Les gens ne nous voient pas s’occuper des égouts »
M. Lisnard a affirmé que les maires étaient également soumis à un « véritable harcèlement textuel », alors que la bureaucratie française devient plus lourde.
Il a donné l’exemple de la Code de l’urbanismequi est passé de 600 pages en 1982 à 3 600 pages.
M. Pantanella a convenu que les maires en avaient « marre » des règles et obligations toujours plus nombreuses, entraînant une « fatigue générale ».
Il a cité des règles concernant le défrichement de la végétation pour prévenir les incendies de forêt, qui, selon lui, ne tiennent pas compte des spécificités locales.
« Les nouveaux maires ne se rendent pas compte de la quantité de travail que cela implique », a-t-il ajouté.
« Les gens voient le maire avec son costume et sa ceinture. Ils ne le voient pas s’occuper des relations humaines, ni des égouts.
Proche du burn-out
En début d’année, Jean-Pierre Miagoux, 70 ans, a démissionné de son poste de maire de Tréogat (Finistère), village de 600 habitants – un poste qu’il occupait depuis la démission du précédent maire en 2021.
C’est « le cœur gros » qu’il a renoncé à un rôle qu’il aimait, pour des raisons liées à la santé et à la vie de famille, a-t-il précisé.
Photo et crédit : Jean-Pierre Miagoux, ancien maire de Tréogat (Finistère)
« J’ai de la famille à Lyon et à Paris, et j’ai réalisé que le maire n’avait pas beaucoup de contrôle sur son emploi du temps. Ma femme est allée seule plusieurs fois.
« J’étais proche du burn-out. Un matin, je me suis réveillé et j’ai pensé : « Je ne vois plus mes enfants ni mes petits-enfants. Je répète ce que j’ai fait quand je travaillais.
Il avait cumulé plusieurs rôles, dont ceux de vice-président de la communauté de communes en charge du logement.
M. Miagoux convient que la charge administrative est trop lourde.
« Beaucoup de documents arrivent de la préfecture ou d’ailleurs. J’étais toujours en réunion, y compris parfois à 21h ou 22h.
Covid a compliqué les choses car il ne pouvait pas connaître son équipe via des réunions physiques, a-t-il ajouté.