Le metteur en scène originaire de Corée du Sud fait abstraction du concept de temps pour narrer plusieurs existences qui se rencontrent ou se superposent au sein d’un modeste bâtiment résidentiel de la capitale, Séoul.
Seulement un semestre après la sortie de De nos jours en France, le réalisateur sud-coréen très productif, Hong Sang-soo, propose à nouveau une oeuvre cinématographique. Dans son dernier long-métrage, il raconte le quotidien d’un metteur en scène en divers lieux d’un modeste immeuble situé à Séoul – « Walk up« , qui sera projeté dans les cinémas le 21 février 2024.
Dans ce récit, Hong Sang-soo raconte l’histoire de Byungsoo (Hae-hyo Kwon), un réalisateur renommé, visite avec sa fille Jeogsu (Mi-so Park) l’immeuble d’une amie de longue date, Jiyoung (Hye-Young Lee). Cette dernière est propriétaire de cet immeuble situé à Gangnam, un quartier huppé de Séoul. Après la visite de cet immeuble possédant un système d’accès via des codes digicode sonores, Byungsoo s’esquive en prétextant une réunion de travail dans les alentours.
Restées seules, sa fille et son amie décident de prendre un verre de vin en l’attendant. Cependant, Byungsoo n’est pas pressé de revenir. On le retrouve plus tard, en la compagnie de différentes personnes dans l’immeuble…
Hong Sang-soo offre une perspective authentique et quotidienne de la vie, souvent capturée autour d’une table et d’un verre de vin, ou même plusieurs. Comme le mentionne une des protagonistes du film, ses réalisation sont mieux appréciées avec un peu d’alcool. Généralement, les personnages boivent et conversent énormément, discutant tant des trivialités que des sujets sérieux, des angoisses existentielles, habitudes quotidiennes et des relations amoureuses.
Au-delà du Réel
Par le prisme de la banalité apparente, Hong Sang-soo réussit à désorienter le spectateur en jouant avec plusieurs notions du temps, mêlant réalité et rêverie. Il laisse planer l’interrogation : est-ce que Byungsoo est bien présent avec nous ou est-ce que nous assistons à ses souvenirs, voire à ses rêveries ? À travers le film, l’immeuble, avec ses murs et décors blancs, est comme une page blanche sur laquelle notre imagination peut divaguer.
A travers le protagoniste, le film jette des ponts à travers le temps, vers le passé mais aussi le futur, dans un périple où se rencontrent les différentes femmes que Byungsoo a aimées, ou aurait pu aimer. L’immeuble est presque un personnage à part entière, un univers intérieur, avec ses différentes strates et portes, certaines ouvertes sur l’extérieur, traduisant le rapport au monde extérieur.
Le réalisateur sud-coréen revient une fois de plus sur le thème du cinéma et la créativité à travers le personnage de Byungsoo – un célèbre réalisateur mais qui n’est en réalité qu’une version partielle de l’alter ego de Hong Sang-soo. Il questionne et doute de sa propre notoriété, jusqu’à faire allusion à une possible fin de carrière cinématographique. Dans le film, on voit également le réalisateur afficher une certaine désapprobation envers le système de production cinématographique et, de manière plus générale, sur le modèle économique du monde.
Léthargie
Dans cette mise en abyme du temps et du cinéma, Hong Sang-soo ne manque pas d’autodérision, avec des dialogues pleins d’humour souvent en noir et blanc, capturés dans des plans fixes. Cependant, malgré la mise en scène inventive et la narration singulière, « Walk up », le dernier film de Hong Sang-soo, éprouve des difficultés à capter l’attention du spectateur. Le personnage principal, lui-même, finit par se refermer sur lui-même, se blottissant dans son lit, seul.
Fiche du Film
Genre : Dr
Réalisateur : Hong Sang-soo
Acteurs : Hae-hyo Kwon, Hye-Young Lee, Mi-so Park
Pays : Corée du Sud
Durée : 1h 37min
Sortie : 21 février 2024
Distributeur : Capricci Films
Synopsis : Byungsoo, un célèbre réalisateur, accompagne sa fille chez une vieille amie, qui est la propriétaire d’un immeuble à Gangnam. Durant sa visite de l’immeuble, Byungsoo voyage hors du temps, où chaque étage dessine ses relations amoureuses passées et futures. Hong Sang-soo, avec son talent de portraitiste, transforme le quotidien d’un immeuble en un puzzle de relations humaines, créant ainsi un terrain de jeu qui explore désirs, regrets, rêves et bien sûr, cinéma.