Des investigations ont mis en lumière « une gestion financière imprécise » au sein de l’association La Cité des arts visuels et de la société de production Lyly Films, toutes deux sous la direction d’Amadou Ly, le frère de Ladj Ly.
Le réalisateur français Ladj Ly, connu pour son succès retentissant avec le film Les Misérables, s’est vu condamné à payer une amende de 50 000 euros pour abus de confiance concernant la gestion de sa société de production et d’une association, comme l’a révélé vendredi 19 juillet l’AFP, citant des sources au sein du parquet de Bobigny.
Âgé de 44 ans, le cinéaste a accepté le 28 juin une mesure alternative aux poursuites, reconnaissant ainsi sa culpabilité et échappant à un procès pénal. Les « investigations ont mis en lumière la gestion financière peu rigoureuse » de l’association La Cité des arts visuels ainsi que de la société de production Lyly Films, selon les indications fournies par le parquet de Bobigny, confirmant une information relayée par Mediapart. L’association est soutenue par des subventions publiques et des partenariats privés.
Amadou, le frère de Ladj Ly, qui présidait ces entités, a aussi été condamné. Il a écopé de six mois de prison avec sursis, d’une amende de 100 000 euros avec sursis et d’une interdiction de cinq ans d’exercer toute activité commerciale ou industrielle, après avoir reconnu sa culpabilité dans le cadre d’une procédure de CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité).
Absence d’intention d’enrichissement personnel
L’enquête a notamment examiné l’achat d’une maison à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, et les travaux effectués avec les fonds de l’association. Même si les frères Ly apparaissent comme les propriétaires légaux, une source proche de l’enquête a souligné qu’il n’y avait pas de volonté manifeste d’enrichissement personnel. La source a mentionné des dépenses payées par l’association sans justificatifs adéquats ou uniquement en faveur des frères Ly.
Sur environ 300 000 euros suspectés d’être utilisés frauduleusement, les frères Ly ont entièrement remboursé les sommes entre décembre 2020 et février 2022, d’après les précisions du parquet de Bobigny. Le réalisateur et son frère avaient été placés en garde à vue en février 2021 dans le cadre de l’enquête, lancée un an auparavant, mais avaient été relâchés par la suite. Une perquisition avait également eu lieu dans les bureaux de l’association à Montfermeil, une localité défavorisée de la banlieue parisienne où Ladj Ly a grandi et installé son école de cinéma.
Un cinéaste acclamé
Partie prenante du collectif artistique Kourtrajmé, terme signifiant « court-métrage » en verlan, Ladj Ly s’est fait connaître au niveau international avec son long-métrage Les Misérables en 2019. Ce film percutant a remporté, entre autres, le Prix du jury au Festival de Cannes en 2019 et quatre César, dont celui du meilleur film. Acclamé par la critique, ce portrait sombre des banlieues françaises a rencontré un large écho à travers le monde et a consolidé la réputation de Ladj Ly dans le cinéma.
L’école Kourtrajmé, qu’il a fondée, offre une formation gratuite sans exigence de diplôme ni de limite d’âge en cinéma et en art visuel. Elle bénéficie déjà du soutien de nombreux partenaires et collaborateurs influents, tels que l’actrice Ludivine Sagnier et la plateforme de streaming Netflix. Sur cette lancée, deux nouvelles écoles ont ouvert leurs portes, l’une à Marseille en 2020 et l’autre à Dakar en 2021.