Reconnu pour sa performance emblématique de l’hymne à l’unité intitulé « One Love », elle a su concilier sa carrière artistique avec ses luttes militantes et ses prises de position politiques dans un pays prospère grâce à ses ressources pétrolières, mais durablement affecté par des pratiques de corruption.
Onyeka Onwenu, une chanteuse, compositrice, actrice, défenseure des droits humains, journaliste et femme politique originaire du Nigéria, est décédée à l’âge de 72 ans le 30 juillet à Lagos, qui est la plus grande ville du pays. Ses enfants, Abraham et Tijani Ogunlende, ont confirmé cette triste nouvelle relayée par de nombreux médias nigérians.
« C’est avec une immense tristesse que mon frère et moi annonçons le décès de notre mère, la bien-aimée Onyeka Onwenu. Elle nous a quittés la nuit dernière, mardi 30 juillet 2024, à Lagos, au Nigéria », a déclaré la fratrie, d’après le quotidien nigérian The Vanguard. Celle qui était surnommée « l’Élégant Étalon » a laissé une empreinte indélébile sur la culture musicale, sociale et politique de son pays pendant plusieurs décennies.
Cette interprète emblématique du titre One Love (1986), une célébration de l’unité dans un pays confronté à des tensions intercommunautaires et des crises politiques depuis son indépendance, est décédée dans un hôpital de la mégapole nigériane.
Elle avait été hospitalisée en urgence après avoir fait un malaise lors d’une fête d’anniversaire d’une amie où elle venait de chanter quelques-uns de ses morceaux les plus connus.
Un patrimoine national
« Onyeka Onwenu représentait un véritable patrimoine national, une icône et une légende qui a inspiré d’innombrables générations de Nigérians et bien au-delà, grâce à sa musique, son art et son engagement humanitaire », ont exprimé ses fils.
Le président nigérian Bola Tinubu a également rendu hommage sur
Onyeka Onwenu a vu le jour le 29 janvier 1952 à Obosi, dans l’État d’Anambra, en territoire igbo, au sud du Nigéria. Son père, Dixon Kanu Onwenu, était enseignant et homme de politique. Elle n’hésitait pas à exprimer sa fierté d’appartenir au peuple igbo, l’un des principaux groupes ethniques du Nigéria, tout en prônant l’harmonie entre les différentes ethnies. Elle a contracté un mariage avec un homme de l’ethnie yoruba, un autre groupe important avec lequel les Igbos ont parfois eu des relations conflictuelles.
Son ami et écrivain Onyeka Nwelue a témoigné de ce qu’elle représentait : « La nation igbo a perdu sa fille, et la nation yoruba a perdu sa femme », a-t-il écrit sur
Dans son autobiographie, My Father’s Daughter (La fille de mon père), parue en 2020, elle évoque sa naissance sur les terres de sa mère, Hope Onwenu, qui a élevé seule ses enfants après le décès de leur père lorsqu’ils étaient encore jeunes. Tout au long de sa vie, cette artiste a milité pour les droits des femmes. Elle a soutenu l’éducation des filles et encouragé leur indépendance économique, les incitant à quitter des mariages toxiques, s’inspirant de sa propre expérience.
Elle a également dédié un morceau aux veuves, un hommage qui lui tenait particulièrement à cœur, puisque sa mère avait été veuve. Son engagement envers les questions sociales l’a amenée en politique ; en 2016, elle a été nommée directrice générale du National Centre for Women Development (Centre national pour le développement des femmes).
Pionnière de l’émancipation féminine
Après ses études supérieures, notamment en communication aux États-Unis, Onyeka Onwenu est rentrée au Nigéria en 1980 pour effectuer son service national à la télévision publique (NTA), où elle est devenue une présentatrice de premier plan. En tant que journaliste pour la BBC et la NTA, elle a réalisé un documentaire intitulé Nigeria: A Squandering of Riches (Nigeria : un gaspillage de richesses, 1984), qui décrivait la corruption qui gangrène ce pays riche en pétrole.
La sortie de ce film a coïncidé avec le coup d’État de 1983. Comme elle le souligne dans le documentaire, ce constat a permis d’éclairer les bouleversements politiques au Nigéria. En tant que journaliste et militante, elle était consciente de ces problèmes et a choisi de s’engager en politique pour contribuer au changement. Elle est devenue active dans la gouvernance locale de l’État d’Imo, dénonçant sans relâche la corruption qui rongeait les élites politiques. Malgré plusieurs revers, sa détermination à lutter contre les injustices sociales n’a jamais faibli.
Onyeka Onwenu a toujours gardé la parole libre, même durant les années 1980, époque où critiquer le régime militaire en place était extrêmement dangereux. Elle a pris position par écrit pour soutenir Fela Kuti, le père de l’afrobeat.
Tout a été mis en œuvre pour faire taire le musicien emblématique, qui a été incarcéré en 1984. Son soutien à Fela lui vaudra une demande en mariage de sa part, qu’elle a refusée. Elle a témoigné que Fela était conscient de son refus, mais qu’il s’agissait de sa manière de lui exprimer sa reconnaissance pour sa défense. Onyeka a également soutenu le droit des artistes à conserver les droits d’auteur sur leurs œuvres, créant sa propre maison de production, Ayollo Records, pour défendre cette cause.
Sa carrière musicale, qui a embrassé des genres comme l’afropop, le gospel et le R&B, a été lancée en 1981 avec l’album Endless Life. Depuis, elle a produit de nombreux succès, dont Iyagogo. Non seulement chanteuse, compositrice et productrice, Onyeka Onwenu a également brillé comme actrice. Son parcours cinématographique inclut des films tels que L’Autre moitié du soleil (2013) de Biyi Bandelé, adapté du roman éponyme de la célèbre écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, qui aborde la guerre civile du Biafra, un événement marquant dans l’histoire politique nigériane.
Dans ce film, qui retrace un conflit qui l’a profondément touchée, elle a partagé l’affiche avec des acteurs britanniques comme Chiwetel Ejiofor, Thandiwe (alors Thandie) Newton et John Boyega, ainsi que l’actrice nigériane Geneviève Nnaji. Elle retrouvera Geneviève dans Lionheart (2018), réalisé par cette dernière. Malgré sa candidature pour le Nigeria, le film n’a pas été retenu dans la sélection des Oscars 2020 pour la meilleure réalisation internationale. « Aujourd’hui, nous pleurons la perte d’une véritable icône, d’une légende dont la voix et la présence ont profondément marqué nos vies », a écrit Geneviève Nnaji sur
L’annonce du décès d’Onyeka Onwenu survient alors que des Nigérians expriment leur mécontentement face à la hausse des prix de la vie. Elle avait fréquemment exprimé ses craintes concernant le futur socio-politique de son pays. Dans une entrevue accordée à la station nigérienne Radio Now en 2021, lors de la sortie de sa biographie, elle n’a pas pu retenir ses larmes en lisant les paroles d’une de ses chansons, One Nation, qu’elle avait écrite pour appeler à l’unité nationale.
Au cours de cet entretien, la chanteuse avait lancé un appel poignant aux dirigeants politiques, leur demandant de transformer le Nigéria en un pays pacifique où les nombreux talents de ses habitants, qui ont déjà su conquérir le monde avec leur musique ou leur cinéma, peuvent s’épanouir.