Le parquet de Paris demande que trois policiers accusés d’avoir causé la mort du chauffeur-livreur Cédric Chouviat en 2020 soient jugés pour homicide involontaire.
Chouviat, 42 ans, est décédé lors d’une interpellation policière en janvier 2020, répétant à plusieurs reprises : « J’étouffe ».
Les trois officiers – âgés de 28, 33 et 38 ans – n’ont pas été démissionnés et continuent d’exercer leurs fonctions. Ils ont été mis en examen pour homicide involontaire en 2020, le temps qu’un juge d’instruction instruise le dossier.
Un quatrième policier, une policière, a été placé sous le statut plus favorable de « témoin assisté » et échappe aux poursuites.
La demande du procureur, rendue publique mardi, vise à traduire les trois policiers devant un tribunal correctionnel pour homicide involontaire.
L’information a été confirmée par une source proche du dossier, suite à un premier signalement du site d’investigation Mediapart.
La décision de traduire en justice les policiers appartient au juge d’instruction.
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Cas emblématique
Le cas de Chouviat, livreur et père de cinq enfants, est devenu emblématique des violences policières en France.
Il a été plaqué au sol lors d’un contrôle de police à Paris, toujours avec son casque de moto.
Selon certaines informations, Chouviat a été immobilisé et menotté dans le dos pendant une minute et demie sans que les policiers ne vérifient son état.
Des images de témoins auraient montré les jambes de Chouviat bougeant de haut en bas avant qu’il ne s’évanouisse. Il a été transporté à l’hôpital dans un état critique et est décédé deux jours plus tard, le 5 janvier.
Les révélations du rapport médico-légal montrent que Chouviat a dit « j’étouffe » neuf fois en 13 secondes avant de perdre connaissance.
Ses plaidoyers étaient similaires à ceux de George Floyd, un Afro-Américain décédé lors d’une arrestation à Minneapolis en mai 2020 – une affaire qui a alimenté les manifestations Black Lives Matter aux États-Unis.
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Des signes avant-coureurs inaperçus
Tout au long de l’enquête, les policiers ont affirmé avoir cru que Chouviat se « rebellait continuellement » contre son arrestation.
« Si on avait entendu ne serait-ce qu’une seule fois l’expression ‘j’étouffe’, on aurait arrêté », avait témoigné un officier devant le juge en juillet 2020.
Cependant, des témoins ont interprété les actions de Chouviat comme des signes de détresse, et les images montrent que les policiers continuent malgré tout.
Les enquêteurs ont noté que les agents étaient formés pour reconnaître de tels signes avant-coureurs.
Pour les avocats de la famille Chouviat, une accusation d’homicide involontaire ne rend pas pleinement compte de l’intention qui se cache derrière les actes.
« Une prise d’étranglement est par nature délibérée », a déclaré l’avocat de la famille Arié Alimi, ajoutant : « Si l’accusation reste un homicide involontaire, le risque d’acquittement est élevé. »