Le membre du parti socialiste critique ce qu’il qualifie de « trahison des promesses » par François Bayrou, qui lors de chacune de ses trois candidatures à la présidence, affirmait qu’il était nécessaire de « mettre un terme au cumul des mandats ».
Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre et ex-maire socialiste de Nantes, interviewé par France Bleu Loire Océan le mercredi 18 décembre, critique vigoureusement le cumul des fonctions de François Bayrou. En tant que maire de Pau et Premier ministre, ce dernier voit son engagement jugé « à la limite de la décence » par Ayrault, le qualifiant de « dépassé et inadéquat ». L’ancien Premier ministre considère cette situation intenable et surtout déplacée. « Dans le contexte actuel, où nous faisons face à la terrible crise humanitaire à Mayotte », exprime-t-il, « il apparaît incompréhensible de voir le Premier ministre prendre un vol gouvernemental pour assister au conseil municipal de Pau, tout en participant à une réunion de crise en visioconférence ».
La limite du cumul de fonctions observée
Jean-Marc Ayrault, fort de son expérience en tant que Premier ministre et maire, affirme que ces responsabilités sont incompatibles du fait de leur nature intense : « De par mon expérience, je peux affirmer qu’occuper le poste de Premier ministre rend impossible la gestion efficace d’une mairie, peu importe sa taille, et particulièrement une grande ville ». Pour Ayrault, il s’agit d’« une question de décence ». Comme il le souligne, il a été « député-maire de longues années, ce qui m’a permis de percevoir les limites » du cumul des fonctions. Par ailleurs, il rappelle qu’il a initié, en tant que Premier ministre, une réforme prohibant le cumul d’un mandat exécutif local avec une fonction parlementaire. « Cette mesure est, selon moi, pertinente et bénéfique ».
Ayrault opine qu’un élu peut bien cumuler, par exemple, les fonctions de conseiller municipal, départemental ou régional avec celle de parlementaire, sans contrevenir à la législation actuelle. Cependant, il juge la position de François Bayrou « anachronique et en décalage avec notre époque ». Selon lui, cela représente même « une reniement de ses engagements passés, car si l’on se souvient bien de ses déclarations lors des trois campagnes présidentielles auxquelles il a participé, il prônait chaque fois l’abolition du cumul des mandats. Or, désormais à la tête du gouvernement, il semble adopter une position contraire », critique Ayrault.