François Bayrou a déclaré qu’il y aurait une renégociation avec les partenaires sociaux concernant la réforme des retraites. Cependant, les socialistes estiment que cette démarche n’est pas suffisante et exigent qu’il prenne des mesures plus significatives afin d’éviter une censure. Quant aux insoumis, ils considèrent cela comme un désaveu pour le Parti socialiste.
Les attentes des socialistes étaient élevées, espérant des compromis significatifs, mais leurs espoirs ont été largement déçus. Le gouvernement dirigé par François Bayrou est toujours sous la menace d’une motion de censure de la part du Parti socialiste. Bien que le Premier ministre ait évoqué, dans son discours, la relance du débat sur la réforme des retraites, il n’a ni proposé de suspendre ni d’abroger la réforme en cours. La frustration est palpable au PS, qui a le sentiment d’avoir été dupé après des négociations qui paraissaient prometteuses.
Mais est-ce vraiment un retour à la case départ pour le chef du gouvernement ? François Bayrou embrasse pour la première fois la controverse autour de l’âge de la retraite, et bien qu’il propose une méthode inédite – trois mois de discussions intensives sans préjugés et en collaboration ouverte avec les partenaires sociaux – il demeure dans une grande incertitude. Rien ne garantit qu’il évitera la censure des socialistes.
« Être naïf ou cynique, tel est le dilemme »
Olivier Faure a répété le message mardi soir lors du journal de 20 heures sur TF1 : « Le compte n’y est pas ». Il a ajouté : « À ce stade, nous voterons la censure, sauf si nous obtenons une réponse claire dans les 48 heures sur ce point. » Le PS maintient ainsi la pression, bien qu’ils n’aient pas réussi à obtenir une victoire politique majeure. Ils redoutent notamment que les négociations entre partenaires sociaux soient sabotées par la mauvaise volonté du Medef.
Les socialistes exigent que, indépendamment des résultats du « conclave », le gouvernement s’engage à soumettre une nouvelle réforme des retraites au Parlement, sans recourir à l’article 49.3. Pour l’heure, François Bayrou a seulement signalé que, sans consensus entre partenaires sociaux, la réforme Borne de 2023 resterait en vigueur.
Désormais, le PS se retrouve isolé à gauche, le vent ayant tourné contre lui. Selon Clémence Guetté de La France Insoumise, le PS subit un « retour de flammes » bien mérité : « Participer à cette farce pour qu’elle ait lieu était inévitable. Il faut être naïf ou cynique pour avoir cru François Bayrou. Censurons-le ce jeudi, c’est la responsabilité de chaque parti politique, » a-t-elle déclaré sur 42mag.fr. « Faure doit sortir de cet isolement qui fragilise le NFP », a également critiqué Jean-Luc Mélenchon sur X.
« Un animal politique aguerri »
À l’intérieur du PS, certains députés tentent de minimiser l’importance de ce désaccord et des divisions au sein du Nouveau Front Populaire. « Nous sommes conscients de la diversité qui existe à gauche, » affirme le député Philippe Brun.
« La question de la censure est plus stratégique que véritablement politique, car il est peu probable que le gouvernement de François Bayrou tombe ce jeudi. Le Rassemblement National a annoncé qu’il ne soutiendrait pas la censure. »
Philippe Brunà 42mag.fr
Face à cette situation, le PS décidera-t-il finalement de voter en faveur de la censure déposée par la France Insoumise jeudi ? Les socialistes affirment que le choix est entre les mains du gouvernement. « François Bayrou a seulement quelques heures pour faire des propositions concrètes, » déclare un dirigeant du PS.
Le Premier ministre a déjà pris des mesures telles que l’annulation de déremboursements pour certains médicaments et une augmentation des dépenses de l’assurance maladie. Il envisage aussi d’introduire une taxe contre l’optimisation fiscale pour les grandes fortunes et de revenir sur la suppression de 4.000 postes dans l’Éducation nationale. « Ce n’est pas insignifiant, mais on ne négocie pas les termes d’un mariage, » précise un conseiller de l’exécutif, rappelant que le PS continuera à s’opposer. « La lutte continue, » rétorque un autre.
Si François Bayrou échappe à cette motion de censure dans les heures à venir, la bataille se déplacera probablement vers le budget. Toutefois, le Premier ministre a-t-il d’autres cartes à jouer ? « C’est un vieux renard en politique, » plaisante un de ses soutiens, suggérant que François Bayrou a peut-être encore quelques atouts cachés dans sa manche.