Le chef du gouvernement paraît ne pas être opposé à l’idée de faire une concession importante aux socialistes concernant les questions de retraite.
À la veille d’un discours crucial
La vie politique française s’anime à la veille d’un discours décisif, prévu pour mardi 14 janvier, où François Bayrou s’efforce de contourner l’écueil de la censure. La clé de cette évasion réside dans un éventuel accord avec les socialistes concernant la réforme des retraites. Actuellement, le Parti socialiste (PS) occupe une position centrale, ses 66 députés se trouvant soudainement en position d’arbitres influents, comme cela n’avait pas été le cas depuis plus de sept ans. Depuis 2017, force est de constater que le rôle du PS avait considérablement décliné.
Le parti a été d’abord désossé par Emmanuel Macron, qui leur a pris une partie de leurs électeurs ainsi que certains cadres. Par la suite, ils ont été décriés dans les rues par des manifestants aux revendications plus radicales. Un temps relégués à suivre les directives des Insoumis, ils ont subi durant des années l’autorité et les remontrances de Jean-Luc Mélenchon. La situation a empiré lors de la présidentielle de 2022 avec Anne Hidalgo, qui n’a récolté que 1,7% des suffrages, conférant au PS un rôle purement symbolique. Cependant, une nouvelle scène semble s’ouvrir à eux.
Les socialistes renouvellent leur rôle face à une potentielle crise
Ce renouveau serait notamment dû à une invocation partagée de tous, le « sens des responsabilités ». Ce principe, bien que souvent vide de sens, est revendiqué par chaque parti à tour de rôle. Renverser François Bayrou juste un mois après le départ de Michel Barnier plongerait le pays dans une tourmente, tant politique que financière. Un pays sans gouvernement ni budget risque de voir ses déficits s’accroître tandis que les marchés seraient à deux doigts de la panique. Jean-Luc Mélenchon pourrait y trouver une certaine satisfaction, mais un parti de gouvernement comme le PS, ayant dirigé le pays durant la moitié des quarante dernières années, ne pourrait endosser une telle responsabilité.
Pour les socialistes, effectuer une nouvelle motion de censure dépasserait leurs capacités initiales, réduisant ainsi leur force et renforçant les Insoumis. Par conséquent, pour inverser la dynamique des forces à gauche tout en gardant l’appui de leurs partisans, ils doivent obtenir une concession substantielle du gouvernement sur le dossier des retraites. Et François Bayrou semble se montrer réceptif à cette idée.
En parallèle, les partis de droite refusent catégoriquement toute notion de « suspension » de la réforme. Sous le prisme du « sens des responsabilités », un recul sans solutions de financement serait jugé « irresponsable », comme le souligne Laurent Wauquiez. Le dilemme majeur du Premier ministre demeure inchangé : comment concilier les exigences du centre, de la gauche et de la droite simultanément pour échapper à l’étau des Insoumis et du Rassemblement National. Une situation d’autant plus complexe que ceux au sein même du gouvernement ont un « sens des responsabilités » parfois hésitant. Notamment Les Républicains et Laurent Wauquiez, désormais fervents défenseurs d’une réforme qu’ils avaient pourtant rejetée il y a à peine deux ans.