Des historiens des Archives d’État en Allemagne ont mis au jour une section de la tapisserie de Bayeux qui avait été soustraite de manière discrète durant la Seconde Guerre mondiale. Cette découverte a été qualifiée de « sensationnelle » par Rainer Hering, le directeur des Archives, qui a exprimé son enthousiasme dans une interview avec le journal allemand « Norddeutscher Rundfunk ».
En 1939, l’Allemagne déclenche une invasion de la Pologne, ce qui pousse la France à mettre en sécurité l’emblématique tapisserie de Bayeux. Ce chef-d’œuvre de l’art roman, qui illustre la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, suscite l’intérêt du régime nazi pour ses aspects militaires et historiques fascinants.
Lors de l’invasion de la France par les nazis, ceux-ci mettent la main sur la tapisserie et la transfèrent vers un dépôt des musées nationaux situé dans la Sarthe. Officiellement, la tapisserie de Bayeux doit être examinée par une organisation pseudo-scientifique affiliée au régime nazi connue sous le nom d’Ahnenerbe, un institut dédié à la recherche et à l’enseignement sur l’héritage ancestral.
Un expert en archéologie et en tissage
En 1944, sur ordre des autorités allemandes, la tapisserie est envoyée au Louvre. Bien que le régime nazi tente de transporter cette précieuse broderie en Allemagne, ce transfert est finalement empêché, laissant ainsi la tapisserie en sureté dans les réserves du musée du Louvre.
À cette période, Karl Schlabow, un archéologue intégré dans l’institut nazi et spécialiste réputé de l’art du tissage, profite du désordre provoqué par les derniers mois de la guerre pour découper des fragments de tissu du revers de la broderie et les emporter discrètement. Ces fragments ont été redécouverts en Allemagne, dissimulés entre des plaques de verre dans la demeure familiale de Schlabow.
Il est prévu que ce fragment de tissu soit bientôt restitué à la France, bien que Schlabow ne soit plus de ce monde pour répondre de ses actes, puisque le vol est demeuré inconnu pendant longtemps. De fait, les conservateurs ignoraient jusque-là ce vol, tant le morceau était insignifiant en taille. L’intérêt manifeste des nazis pour les Normands, descendants des peuples scandinaves admirés par le régime d’Hitler, pourrait expliquer cet acte de prélèvement.