François Bayrou a franchi le cap des trois mois en tant que chef du gouvernement à Matignon. Contrairement à celui qui l’a précédé, il a réussi à surmonter le défi du budget. Néanmoins, il rencontre des difficultés pour élaborer et appliquer un plan d’action clair et précis.
Le cabinet dirigé par François Bayrou a récemment célébré ses trois mois d’existence, un cap que le gouvernement de Michel Barnier n’avait pas su franchir. Cependant, l’équipe Bayrou peine à mettre en place un programme d’action concret. Les philosophes, à commencer par Aristote, affirment depuis longtemps que la nature abhorre le vide. Ce principe semble s’appliquer aussi à la sphère politique, comme le montre l’impatience grandissante de certains soutiens de François Bayrou. En dehors de l’exécutif, Édouard Philippe critique ce qu’il considère être un programme de travail insuffisant, affirmant qu’aucun changement notable ne se produira avant 2027, date à laquelle il ambitionne de s’installer à l’Élysée.
Laurent Wauquiez interpelle Bruno Retailleau, l’encourageant à quitter le gouvernement en raison de l’absence d’une nouvelle législation sur l’immigration, pointant ainsi les défaillances de son rival dans la course à la présidence des Républicains. À l’intérieur du gouvernement, Bruno Retailleau et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, expriment aussi leur frustration et se montrent menaçants, illustrant leur inaction par des promesses d’actions spectaculaires. Depuis l’adoption du budget, un défi qui avait écarté son prédécesseur, François Bayrou semble marquer le pas.
Initiatives législatives portées par les parlementaires
Les réformes majeures attendues, qu’il s’agisse des urgences économiques, sociales ou des grands dossiers de politiques publiques, demeurent invisibles à l’horizon. C’est plutôt l’Assemblée et le Sénat qui rythment la vie politique avec leurs propositions de loi, portant notamment sur la suppression du droit du sol à Mayotte ou l’interdiction du voile dans le sport. Le gouvernement a récemment réduit la portée du conclave sur les retraites, déserté par la CGT ce 20 mars, suivie par l’U2P et Force ouvrière. Même le projet législatif sur la fin de vie, pourtant prêt avant la dissolution, a été scindé en deux, avec une discussion repoussée à mi-mai. Le Premier ministre semble osciller entre détours et retards, évitant toute prise de position ferme.
En l’absence de mesures concrètes, ce sont ses déclarations, souvent déconcertantes, qui alimentent le débat public concernant l’affaire Bétharram, le « sentiment de submersion migratoire » ou l’abandon de la réforme de l’âge de la retraite à 62 ans.
Cette situation pourrait perdurer, tant que sa fonction à Matignon satisfait ses rivaux sans véritablement gêner ses opposants. Compte tenu de l’absence d’une majorité parlementaire solide, personne ne semble désireux de lui ravir sa position. Néanmoins, le décompte a débuté et nombreux sont ceux qui perçoivent son rôle comme transitoire. En politique, des transitions peuvent s’éterniser. C’est probablement dans cette optique que François Bayrou avance prudemment, tout en révisant ses ambitions à la baisse. Bien qu’il ait proclamé vouloir s’attaquer à un « Himalaya » de défis, il fait davantage figure de promeneur s’aventurant paisiblement dans les Vosges.