Jeudi, Donald Trump a annoncé l’application de tarifs douaniers sévères visant tous les pays exportateurs, y compris la France. En réaction, Emmanuel Macron a suggéré de mettre en pause tous les investissements en direction des États-Unis, et certains considèrent l’idée de recourir au patriotisme économique comme une réponse potentielle.
Imaginer que privilégier le patriotisme économique serve à se démarquer des États-Unis et à rompre tous échanges avec eux est une profonde méprise. Sur le plan commercial, c’est tout simplement irréalisable. Ce serait même jouer le jeu de Donald Trump et tomber dans les mêmes pièges que l’isolationnisme.
Il est préférable d’adopter une stratégie opposée en misant sur la souveraineté économique. Ce concept est fréquemment évoqué dans divers discours, mais il n’a pas encore été concrètement mis en application à une large échelle. La période actuelle représente une chance de passer des promesses aux actes concrets et avec une certaine rapidité. Cependant, compte tenu de l’urgence de la situation, cela peut s’avérer plus compliqué que prévu.
En pratique, asseoir la souveraineté économique signifie développer une France et une Europe qui soient attirantes pour fortifier notre réseau économique. Plutôt que de tout espérer des fonds publics ou des aides européennes répétées, il est impératif de faciliter les investissements tant publics que privés, et d’encourager les Français et Européens à prendre des risques pour se renforcer industriellement. Le défi est d’autant plus complexe si nous voulons préserver les acquis de notre État providence depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, notamment notre système social et de santé, tout en restant compétitifs au niveau international.
L’initiative politique d’Emmanuel Macron
Au cours d’une réunion organisée le jeudi 3 avril à l’Élysée, impliquant tous les secteurs affectés par l’offensive américaine, le président français a suggéré de suspendre les investissements aux États-Unis. En faisant cette proposition, le président s’ancre dans une démarche politique. On se trouve dans l’expression verbale, le discours. Cependant, un entrepreneur, lui, doit passer à l’action pour maintenir son entreprise et préserver les emplois. Abandonner le marché et arrêter les projets en cours serait une erreur, d’autant que rien ne garantit que Donald Trump sortira vainqueur de « sa » guerre commerciale. Sa politique de hausse des prix finira par impacter directement les consommateurs américains. Adopter la stratégie de la terre brûlée n’a donc pas de sens d’un point de vue économique et entrepreneurial.
On peut prendre l’exemple de l’armateur marseillais CMA-CGM qui a récemment suscité la controverse en annonçant un investissement de 20 milliards de dollars aux États-Unis. Une telle décision, longuement réfléchie et planifiée, ne peut pas être remise en question du jour au lendemain. D’autant plus que CMA-CGM, qui continue d’investir en France et ailleurs, génère actuellement le quart de son chiffre d’affaires sur le territoire américain.
Ainsi, il faut se méfier des discours simplistes sans anticiper leurs lourdes répercussions. Répondre au « nationalisme » économique de Trump par un « patriotisme » à la française ou européenne pourrait être dangereux. En revanche, l’occasion se présente de poser les fondations d’une nouvelle souveraineté économique et industrielle en Europe. Cela implique néanmoins de dépasser les simples déclarations politiques.