Selon les récentes projections de l’Organisation mondiale du commerce, les perspectives du commerce global se détériorent davantage que ce qui avait été anticipé, notamment en raison des tensions commerciales croissantes. Vincent Vicard, qui occupe le poste d’économiste adjoint auprès du directeur du CEPII, partage avec nous son point de vue sur la situation.
La réindustrialisation, une nécessité pour la France
Le 15 avril, François Bayrou a affirmé que la France se doit de se concentrer davantage sur la production et que la réindustrialisation doit être une priorité nationale. Parallèlement, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a revu ses prévisions de croissance pour le commerce mondial à la baisse. Cette année, le volume des échanges pourrait seulement croître de 0,2 % à 1,5 %, au lieu des 3 % anticipés précédemment. Cette révision est en grande partie due aux politiques douanières de l’administration Trump.
L’impact des politiques douanières de Trump
Selon l’OMC, la politique tarifaire actuelle des États-Unis a déjà des répercussions notables. Les exportations de la Chine devraient connaître une augmentation de 4 % à 9 % dans toutes les régions à l’exception de l’Amérique du Nord, grâce à un redéploiement de ses échanges. Quant à l’Amérique du Nord, elle pourrait voir ses exportations diminuer de 12,6 % et ses importations de 9,6 % d’ici 2025. Les pays en développement, des économies se basant sur l’exportation, risquent de subir de lourdes conséquences en raison du rétablissement des droits de douane américains.
En résumé, selon la directrice générale de l’OMC, « l’incertitude persistante pourrait ralentir la croissance mondiale, avec des effets néfastes particulièrement sévères pour les économies vulnérables ».
Analyse par Vincent Vicard
42mag.fr : Vincent Vicard, expert en économie internationale et spécialiste du commerce mondial, pouvez-vous réagir à ces prévisions moroses ?
Vincent Vicard : Faire des prédictions économiques dans le contexte actuel est compliqué. Les décisions sur les droits de douane sont souvent changeantes avec Donald Trump, rendant toute prévision risquée. Même Trump ne semble pas toujours sûr de sa stratégie.
> »On assiste à des négociations mondiales sans savoir précisément quelles sont les intentions futures de Donald Trump, » explique Vincent Vicard à 42mag.fr.
Il n’est pas surprenant que de tels droits de douane réduisent le commerce international. Les États-Unis, acteur majeur avec 13 % des importations globales, imposent des tarifs de 10 % à leurs partenaires, et des taxes encore plus lourdes sur des produits majeurs comme l’acier, l’aluminium et l’automobile.
Réaction de l’Union européenne
Comment devrait réagir l’Union européenne selon vous ?
L’UE doit élaborer une réponse proportionnée. Il faut engager un dialogue rigoureux avec les États-Unis, qui impose des mesures douanières ainsi que des restrictions sur les services. Cette situation nécessite l’attention des gouvernements européens et de la Commission. En ce qui concerne la Chine, une stratégie coordonnée est nécessaire afin d’éviter une chaîne d’actions qui alimenterait un conflit commercial global.
Compétition interne au sein de l’UE
Les membres de l’UE ne sont-ils pas parfois en compétition les uns avec les autres, ce qui pourrait leur nuire collectivement ?
Il est indéniable que les intérêts ne sont pas les mêmes pour tous les membres. Par exemple, l’Allemagne, fortement engagée dans les échanges avec la Chine, notamment dans l’automobile, et envers les États-Unis, se situe dans une position distincte des pays comme l’Irlande ou l’Italie. Mais l’ampleur des répercussions sous l’administration Trump est sans précédent, même au-delà des questions purement commerciales.
> »Une voix européenne commune semble émerger, au-delà des divergences internes, » déclare Vincent Vicard à 42mag.fr.
Rôle et avenir de l’OMC
Quelle est la place de l’OMC aujourd’hui ?
L’OMC, déjà affaiblie avant Trump, doit envisager l’après-Trump. Les États-Unis ne représentent que 13 % des importations globales, tandis que 87 % restent fidèles au système multilatéral. Il est essentiel de construire une réponse concertée à la crise actuelle. L’Union européenne possède les ressources pour faire face à Trump, un atout que d’autres pays, tels que le Vietnam, ne possèdent pas.
Une nouvelle ère pour la Chine
La Chine met en place un nouvel interlocuteur pour le commerce international. Y a-t-il un sens particulier à ce changement ?
Ce changement signale peut-être une reconnaissance de la nouvelle donne actuelle. Le négociateur sortant avait conclu un accord promettant d’importantes importations américaines par la Chine, mais cela n’a pas empêché des tensions accrues. Actuellement, de nouveaux droits de douane s’imposent, poussant la Chine à revoir sa stratégie pour apaiser les tensions.
Évaluer les prévisions de l’OMC
Les prévisions antagonistes de l’OMC, qui oscillent entre 0,2 % et 1,5 %, semblent-elles pessimistes comme celles évoquées lors de la pandémie ?
Bien que ces prévisions traduisent une baisse significative, elles ne sont pas aussi alarmantes que celles observées lors de la pandémie ou de la crise financière de 2008-2009. Ces chiffres, qui étaient de 3 % prévus avant Trump, devront être réévalués continuellement dans ce contexte complexe. La situation souligne l’ampleur de l’effet domino que ce recul pourrait avoir sur le commerce mondial.