L’incertitude liée au parcours judiciaire de la dirigeante des députés du Rassemblement National crée une ambiance tendue entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, compliquant leur relation à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Y a-t-il des tensions sous-jacentes? Le Rassemblement National se prépare pour le rassemblement de soutien à Marine Le Pen prévu ce dimanche 6 avril à Paris. Cela intervient après sa condamnation à une peine d’inéligibilité de cinq ans, avec effet immédiat. Le parti appelle ses adhérents à se réunir dans le 7e arrondissement, où Jordan Bardella et Marine Le Pen prendront tour à tour la parole pour souligner l’importance de la candidature de Marine Le Pen à la prochaine élection présidentielle. Depuis lundi, évoquer la possibilité d’un « plan B » avec Bardella est devenu quasiment impensable.
Effectivement, c’est comme si l’idée d’un « plan B » n’avait jamais existé. Pourtant, c’est bien Marine Le Pen qui avait fait naître l’idée qu’elle avait un successeur tout désigné si jamais elle se retrouvait empêchée de concourir à l’élection présidentielle. Néanmoins, les directives données lundi aux élus du Rassemblement National leur demandent de ne pas évoquer cette éventualité.
Dans les jours suivants, la dirigeante des députés du RN a martelé ce message dans les médias : « Jordan Bardella est un atout exceptionnel pour notre mouvement, mais il n’est pas question, aujourd’hui, d’envisager un plan B. » Un député RN qui, il y a à peine une semaine, discutait encore des points forts et faibles d’une possible candidature de Jordan Bardella à la présidentielle, a désormais changé de discours : « Ça n’existe pas, il n’y a qu’une seule candidature, celle de Marine Le Pen. »
Revirement stratégique
Comment comprendre ce revirement, alors que le risque pour Marine Le Pen de ne pas pouvoir se présenter n’a jamais été aussi grand ? « Humainement, c’est inconcevable, dit un proche de la triple candidate à la présidentielle, on ne peut pas effacer Marine Le Pen d’un simple geste. On verra après l’été 2026, le moment sera venu pour aborder la question d’un plan B. » Derrière tout cela se cache une stratégie, expliquée par un autre député : « Nous ne voulons pas nourrir l’idée d’un plan B, sinon cela renforcerait l’impression que la justice a eu gain de cause. Donc, nous restons prudents ! »
L’idée d’un plan B évoque également des souvenirs douloureux au sein du RN : le conflit de leadership à la fin des années 90 entre Jean-Marie Le Pen, lui aussi déclaré inéligible à l’époque, et Bruno Mégret, son second, qui a fini par le trahir. Marine Le Pen a été témoin de première ligne de cet épisode qui a vu le parti se diviser.
Du côté de l’entourage de Jordan Bardella, on reste optimiste. « Cela n’a rien à voir, Jordan est loyal, il ne trahira jamais Marine Le Pen. Il faut comprendre que tous deux forment une équipe. » Une équipe où l’aînée, Marine Le Pen, décidera seule du moment où elle transmettra le flambeau à son protégé.