Ce week-end, le parti des Républicains désignera son nouveau leader. Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez proposent des visions assez proches. Toutefois, l’issue de cette confrontation influencera soit le centre du spectre politique, soit l’extrême droite.
Les membres des Républicains auront à choisir entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez lors du week-end du 17 et 18 mai, pour déterminer le futur président du parti. Ce duel acharné a déjà accompli une prouesse : tandis que Jésus multipliait les pains, Retailleau et Wauquiez, eux, multiplient les adhésions. En l’espace de deux mois, le nombre d’adhérents est passé de 43 000 à 121 000, triplant ainsi.
Ce phénomène étonnant paraît être suscité par l’enthousiasme de cette bataille interne, mais aussi par une mobilisation intense dans chaque camp pour attirer des nouvelles adhésions de dernière minute. Pourtant, le risque demeure que certains de ces nouveaux militants soient fictifs. On ignore si Douglas, le chien ayant voté pour Valérie Pécresse lors de la primaire présidentielle 2022, a renouvelé son adhésion. Cependant, cette compétition souterraine met en lumière l’intensité d’une confrontation où le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, semble être le favori grâce à sa popularité croissante.
Un enjeu majeur pour l’avenir du gouvernement Bayrou
Quel impact cette élection pourrait-elle avoir sur la droite ? Concernant les grandes lignes politiques et les projets, rien ne changera véritablement. « Il n’y a pas de différence entre ces deux candidatures qui proposent deux variantes d’une même politique réactionnaire. C’est blanc bonnet et bonnet blanc, » avait déclaré le communiste Jacques Duclos à propos de Georges Pompidou et Alain Poher lors de la présidentielle de 1969.
Plus d’un demi-siècle plus tard, Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau offrent des propositions similaires et radicales sur des sujets comme la lutte contre l’insécurité et la réduction de l’immigration, tout en critiquant « l’état de droit » et en prônant le « bon sens » contre le « laxisme« . Tous deux partagent également l’ambition de se présenter à l’élection présidentielle dans deux ans. L’enjeu n’est donc pas seulement l’avenir de la droite, mais aussi celui du gouvernement Bayrou, qui pourrait être influencé par le résultat de cette confrontation.
Un parti en quête de rôle : supplétif ou force de perturbation
En décembre, Laurent Wauquiez soutenait l’idée de la participation de LR au gouvernement et avait même tenté de prendre le poste de l’Intérieur à son adversaire. Mais il s’y oppose désormais, voyant Bruno Retailleau gagner en popularité grâce à son poste à la place Beauvau. En cas de victoire, Wauquiez pourrait chercher à renverser Retailleau. De son côté, Bruno Retailleau souhaite conserver son poste ministériel le plus longtemps possible afin de renforcer son image pour les futures présidentielles. Si Retailleau triomphe dans cette compétition, Marine Le Pen et Jordan Bardella pourraient s’inquiéter de la popularité croissante du ministre auprès de certains de leurs électeurs.
Que ce soit le bloc central macroniste ou l’extrême droite lepéniste qui pâtisse des résultats du congrès des Républicains, il apparaît que le parti de droite tend à devenir soit un simple allié d’autres formations, soit un déstabilisateur, loin du temps où l’UMP, sous Chirac puis Sarkozy, était un grand parti rassembleur.