Des membres du gouvernement qui partent vers le secteur privé, des dirigeants d’entreprise désirant s’immiscer dans la sphère politique… Peut-on craindre un brouillage des frontières entre ces univers, ou même l’émergence de conflits d’intérêts ? Quelle est l’étendue de l’influence que les capitaux privés exercent sur le fonctionnement de la démocratie ? Pour l’émission « Cash Investigation », Élise Menand a mené une investigation approfondie sur les connexions existant entre ces deux domaines, ainsi que sur la pertinence et l’efficacité des dispositifs réglementaires mis en place pour les contrôler. Ce reportage est à découvrir dans « Cash Investigation », diffusé le 24 juin 2025 sur France 2.
Lors de sa campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron s’était engagé à intégrer davantage de talents venant du monde civil au sein de son gouvernement. Mais qu’en devient-il, une fois leur mandat achevé ? On constate désormais qu’ils sont deux fois plus nombreux qu’auparavant à rejoindre le secteur privé lucratif, à l’instar d’Edouard Philippe, Olivier Véran ou Muriel Pénicaud. Ce passage du public au privé est connu sous le nom de pantouflage.
Certains de ces anciens ministres occupent des postes dans des entreprises liées aux domaines qu’ils supervisaient lorsqu’ils exerçaient leurs fonctions gouvernementales. Comment peut-on garantir qu’ils ne chercheront pas à influencer leurs anciens collègues pour avantager les intérêts de leur nouvelle société ?
Les coulisses du lobbying
Parmi ces “pantoufleurs” se trouve Cédric O, ancien secrétaire d’État chargé du Numérique, qui a par la suite fondé une start-up spécialisée en intelligence artificielle, Mistral AI.
Quelle implication a-t-il eue en tant que lobbyiste à Bruxelles lors des discussions portant sur la réglementation européenne de l’intelligence artificielle ? A-t-il strictement respecté les règles visant à prévenir les conflits d’intérêts ? Ces règles sont-elles suffisantes et réellement appliquées ? Ces questions ont été posées par Élise Lucet à Didier Migaud, ancien président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
L’argent et la politique : un enjeu préoccupant pour la démocratie
Tandis que certains anciens politiques se lancent dans le monde des affaires, d’autres acteurs du privé s’intéressent étroitement à la sphère politique, à l’image de Pierre-Édouard Stérin. Ce milliardaire, qui a bâti sa fortune grâce à Smartbox, ambitionne aujourd’hui d’endosser un rôle d’influenceur majeur. Il prévoit d’investir 150 millions d’euros d’ici 2032 pour soutenir une ligne politique allant de la droite modérée jusqu’à l’extrême droite. Parmi ses initiatives, il finance une école destinée à former les futurs maires, ainsi qu’un réseau d’associations et de think tanks opposés à l’IVG, à l’immigration et qualifiés de “anti-woke”.
Mais ses implications ne s’arrêtent pas là. L’émission « Cash Investigation » révèle également son soutien discret à certains candidats durant des scrutins électoraux. Quelles menaces ce type d’interventions fait-il peser sur notre système démocratique ? Les dispositifs légaux en vigueur sont-ils vraiment adaptés pour circonscrire ces formes d’influence ?
Enquête menée par Élise Menand.
Suite à cette émission exceptionnelle de « Cash Investigation », un débat d’ampleur est organisé. Des spécialistes issus de divers horizons viennent répondre aux interrogations d’Élise Lucet : Laurent Mauduit, journaliste à Mediapart ; Jean Garrigues, historien spécialiste d’histoire politique ; Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Cevipof, expert à l’institut Montaigne ; Anne-Sophie Simpere, de l’Observatoire des multinationales ; Nathalie Sonnac, experte au CSA et professeure en sciences de l’information à l’université Paris Panthéon-Assas.
« Cash Investigation » : enquêtes percutantes, discussion approfondie et pistes pour avancer.