Les élus municipaux des communes de taille modeste en France alertent sur une situation de restriction financière sévère, susceptible de compromettre le bon déroulement de la vie de plusieurs millions de citoyens. Ils expriment leur inquiétude face à des contraintes budgétaires qui étouffent les ressources locales, menaçant ainsi la qualité des services publics essentiels et le bien-être des populations résidant dans ces territoires.
Le Premier ministre François Bayrou s’est rendu à Saint-Rémy-de-Provence le vendredi 13 juin afin de clôturer les assises dédiées aux petites villes françaises. Lors de cette visite, il a pu constater concrètement les nombreuses difficultés, voire la détresse, auxquelles font face les maires des communes comptant entre 2 500 et 25 000 habitants, qui représentent 40 % de la population nationale. Depuis le jeudi précédent, ces élus étaient réunis pour débattre de plusieurs sujets cruciaux : la transition écologique, la crise du logement, la vitalité des centres-villes, mais aussi les contraintes financières qu’ils subissent. Ces petites villes doivent désormais faire preuve d’une grande rigueur budgétaire, dans un contexte où les subventions de l’État diminuent, ce qui les oblige à abandonner certains projets d’aménagement et à constater l’érosion des services publics sur leur territoire.
Christophe Bouillon, président de l’association dédiée aux petites villes françaises et maire de Barentin (12 000 habitants en Seine-Maritime), affirme haut et fort que ces communes ne portent pas la responsabilité de la dette publique. Selon lui, elles sont prêtes à participer à l’effort collectif, mais expliquent : « Aujourd’hui, nous avons atteint nos limites. On ne peut pas aller plus loin. J’ai dû renoncer à la rénovation d’une crèche. Certains maires sont contraints de fermer des médiathèques, des piscines ». Cet élu ne cache pas sa frustration face à cette situation qui met en péril le maintien d’équipements essentiels.
Les élus des petites villes se trouvent confrontés à des injonctions souvent contradictoires, souligne Christophe Bouillon. Par exemple, ils doivent impérativement améliorer l’isolation des bâtiments communaux pour répondre aux enjeux climatiques, mais le Fonds vert destiné à financer la transition écologique par l’État a vu ses ressources se réduire bien plus rapidement que prévu. À Le Vigan, une commune de 4 000 habitants située dans les Cévennes, la maire Sylvie Arnal exprime son incertitude quant à la réalisation des travaux prévus pour rénover l’école locale. « Il s’agit d’un bâtiment ancien datant des années 1880, très mal isolé, ce qui entraîne des coûts énergétiques très élevés. Nous souhaitons évidemment effectuer cette rénovation, mais nous savons d’ores et déjà que nous ne bénéficierons plus des subventions à hauteur de 80 %, comme c’était le cas par le passé », explique-t-elle avec une certaine inquiétude.
« Nous ne pouvons pas être les exécutants qui se voient dicter leurs actions sans disposer des moyens nécessaires ! »
Christophe Bouillon, maire de Barentinà 42mag.fr
Par ailleurs, la disparition progressive de services publics essentiels aggrave la situation. C’est notamment le cas à Saint-Claude, dans le Jura, où la maternité a fermé ses portes en 2018. Un coup dur que le maire Jean-Louis Millet, en poste depuis 19 ans dans cette commune de 9 000 habitants, peine toujours à surmonter. Il relate que, depuis la fermeture, « une quinzaine de femmes ont accouché sur le bord de la route ou dans leur voiture. Les pères de famille devaient attraper les nouveau-nés comme on attrape un savon sur le bord d’un chemin départemental. Les mères, elles, n’ont pas pu rejoindre à temps la maternité la plus proche, située à environ une heure de route ».
Il qualifie cette réalité de « lamentable » et regrette que l’on régresse en termes d’accès aux services : « On retourne à une situation digne du Moyen Âge. La démolition du service public se poursuit sans relâche. Nous devons faire face à la suppression des dotations et à un manque cruel de moyens. En deux ans, la mairie a vu sa facture énergétique augmenter d’un million d’euros », confie-t-il, désemparé devant les difficultés pour financer les besoins élémentaires. Le maire relate même avoir eu des difficultés la semaine précédente à réunir 6 000 euros destinés à créer un espace réservé aux urnes funéraires dans le cimetière communal.