La possibilité que le Rassemblement National accède à la tête de l’État peut-elle légitimer une collaboration renouvelée entre les socialistes et Jean-Luc Mélenchon ? C’est précisément ce que défend Olivier Faure, le dirigeant du Parti socialiste.
Olivier Faure, chef du Parti socialiste réélu de justesse, justifie son refus de totalement exclure toute possibilité de « pacte national et programmatique aux élections législatives en vue de gouverner avec La France Insoumise (LFI) » par la crainte que représente l’extrême droite. Ce lundi 16 juin, malgré de nombreux mois de tensions et les nombreuses critiques de Jean-Luc Mélenchon et de ses proches à l’encontre des socialistes, Faure ne souhaite pas couper définitivement les ponts avec LFI. Selon lui, sans un candidat unique, la gauche risquerait d’être éliminée dès le premier tour dans la majorité des circonscriptions.
Sur le plan numérique, cette hypothèse semble crédible. On l’a constaté lors des législatives de juillet 2024. C’est uniquement parce que le Nouveau Front populaire (NFP) avait aligné des candidats communs qu’il a réalisé une performance acceptable. En revanche, d’un point de vue politique, cette logique est contestable. En premier lieu, parce que le NFP était loin d’atteindre la majorité absolue, avec seulement une centaine de députés, et en termes de suffrages, la gauche a réalisé un score historiquement bas, à peine 30 % des voix. Si le rassemblement avec LFI est essentiel pour franchir ce premier tour, il risque d’assurer la défaite de la gauche au second.
Dans tous les sondages, Jean-Luc Mélenchon apparaît aujourd’hui beaucoup plus rejeté que le duo Le Pen-Bardella. En cas de face-à-face au second tour de la présidentielle, il est distancé aussi bien par Marine Le Pen que par Jordan Bardella. À force de radicalité et d’exagérations, LFI ne joue plus le rôle de rempart mais agit quasi comme un tremplin en faveur du Rassemblement National. En comparaison, l’extrême droite semble même rassurer une partie croissante de l’électorat. Cette réalité pousse Olivier Faure à ne pas revendiquer ouvertement une alliance avec les insoumis. Il préfère parler d’une « ambiguïté stratégique« , une expression employée par les présidents de la République en référence à la dissuasion nucléaire. Ce choix de langage révèle à quel point ce rapprochement avec LFI est délicat, voire franchement tabou.
Accusations d’antisémitisme : Faure met Guedj et Mélenchon sur un pied d’égalité
Dans l’arène politique tendue, Jean-Luc Mélenchon a rendu le débat public particulièrement virulent. Le député socialiste Jérôme Guedj, après avoir été à plusieurs reprises ramené à sa religion juive par Mélenchon, n’a pas hésité à le qualifier de « salopard antisémite« . Il s’est ensuite rétracté sur le terme « salopard » tout en maintenant fermement l’accusation d’antisémitisme. Ce reproche a été également relayé lundi 16 juin par Raphaël Glucksmann, qui avait lui-même été une cible des attaques de LFI lors de la campagne européenne en 2024.
Pour sa part, Olivier Faure a choisi de relativiser les tensions en mettant Jérôme Guedj et Jean-Luc Mélenchon sur un pied d’égalité. Plutôt que de s’attarder sur ces querelles, il appelle les socialistes à recentrer la discussion sur des sujets sociaux tels que la réforme des retraites ou la défense des services publics, et à ne surtout pas s’égarer dans les accusations d’antisémitisme. Faure redoute en effet que la répétition de ces accusations à l’encontre de Mélenchon ne renforce davantage le groupe de ses partisans qui voient en lui une sorte de martyr. Ce scénario serait particulièrement dangereux, car il ne manquerait plus que les insoumis se rallient à un culte de la personnalité autour de leur leader…