Soupçonnée dans le cadre de l’affaire concernant les assistants parlementaires du Front national, la responsable des députés du Rassemblement national avait été sanctionnée en première instance par une peine de cinq ans d’inéligibilité. Cette décision judiciaire fera désormais l’objet d’un nouvel examen devant la cour d’appel, dont l’audience est prévue pour l’année 2026.
Le 31 mars, la condamnation en première instance de Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics européens a été un choc brutal pour la dirigeante des députés RN. Cette sentence constitue un obstacle majeur dans sa quête d’une quatrième candidature à la présidence. Mais cet événement a aussi provoqué un déclic chez elle : après un moment d’émotion suite à cette décision judiciaire, lors du meeting place Vauban et ses violentes attaques contre « la tyrannie des juges », « elle s’est rendu compte qu’il fallait aborder le second procès avec une autre approche », confie un proche à 42mag.fr. En clair, il s’agit d’adopter une attitude moins arrogante. L’appel doit se tenir durant le premier semestre 2026, avec un verdict attendu à l’été, donc avant l’élection présidentielle. Si la condamnation est maintenue, elle sera interdite de candidature.
Lors de ce premier procès, Marine Le Pen a fait preuve de fermeté, voire de dureté, face aux magistrats, tout en s’entourant peu. Méfiante, elle préfère travailler en cercle très restreint. Elle n’a reçu que quelques conseils de son entourage, comme celui d’un de ses lieutenants rencontré par 42mag.fr avant le jugement, qui lui avait recommandé de modérer ses réactions et de patienter avant de s’exprimer dans les médias. Pourtant, elle avait immédiatement donné une interview au JT de TF1 le soir même.
Une nouvelle écoute et un entourage élargi pour mieux se préparer au second procès
Cette fois-ci, dans la perspective de sa défense en appel, sa préparation est radicalement différente. Selon un collaborateur, « elle travaille avec beaucoup de rigueur ce deuxième procès, décortique en détail la décision judiciaire afin d’identifier tous les angles possibles », dans l’optique d’adapter sa stratégie. Par ailleurs, elle élargit son cercle. D’après le service politique de 42mag.fr, depuis sa condamnation, Marine Le Pen multiplie les rencontres. « Juristes, professeurs de droit, avocats — y compris issus d’autres pays européens et souvent de sensibilités très à gauche, parfois peu connus », énumère un député proche d’elle, « elle accepte désormais de prêter attention à des personnes qu’elle écartait avant le premier procès ».
À l’approche de cette audience en appel, qui pourrait compromettre la carrière politique de leur leader, ses collaborateurs peinent à envisager l’après sans elle et évoquent Jordan Bardella comme possible successeur. Tous réfléchissent à divers scénarios. Si elle réussissait à éviter l’exécution provisoire de sa peine, donc à ne pas être incarcérée immédiatement, certains n’excluent pas la possibilité qu’elle mène sa campagne sous bracelet électronique. Un autre proche imagine même une dissolution anticipée de l’Assemblée avant le procès : « Nous saisirons le Conseil constitutionnel pour contester l’exécution provisoire », de sorte qu’elle puisse se présenter. La même stratégie serait envisagée en cas d’élections présidentielles anticipées.