Mardi, François Bayrou doit présenter son examen majeur du budget, un moment crucial où toutes les propositions du gouvernement visant à réduire les dépenses seront minutieusement analysées et critiquées par les partis d’opposition. Par ailleurs, la possibilité d’une motion de censure provoque déjà des calculs stratégiques concernant les échéances à venir, en particulier pour le Rassemblement National.
Les déclarations de François Bayrou du mardi 15 juillet devront franchir les barrières rouges dressées par chacun des partis d’opposition. Le Rassemblement national refuse que les retraités soient impactés par ce vaste plan de réduction des dépenses, tandis que La France insoumise rejette toute coupe dans les prestations sociales en cas d’année blanche. Une partie des Républicains s’oppose vigoureusement à toute augmentation fiscale. Ainsi, tous se préparent à intensifier la pression sur le Premier ministre et envisagent de relancer la menace d’une motion de censure, ce d’autant plus que les élections municipales se profilent à huit mois, et la présidentielle dans moins de deux ans.
Les oppositions restent en alerte, mais elles se trouvent aussi confrontées à la complexe problématique d’une censure gouvernementale en lien avec un éventuel départ de François Bayrou. Si La France insoumise et une grande partie de la gauche ont de fortes chances de voter une motion de censure à l’automne, lors de l’examen du budget 2026 à l’Assemblée nationale, il demeure incertain ce que le RN envisage réellement de faire dans ce contexte.
Le flou stratégique du Rassemblement national
Il est vrai que le parti dirigé par Marine Le Pen a planté ses jalons, comme il l’avait déjà fait avec Michel Barnier. Il a même prononcé des menaces explicites, affirmant que « le tour de François Bayrou viendra ». Toutefois, plusieurs facteurs pourraient faire hésiter le RN avant d’engager une procédure qui mènerait à la chute de François Bayrou.
La détermination du chef du gouvernement à redresser les comptes publics pourrait en réalité jouer en leur faveur sur le plan politique. S’ils accédaient au pouvoir en 2027, ils n’auraient plus à « s’occuper des mesures austères », autrement dit à prendre des décisions impopulaires de réduction des dépenses publiques. Par ailleurs, l’appel lancé dimanche par Emmanuel Macron, soulignant la responsabilité des parlementaires face aux risques grandissants de conflits internationaux, pourrait influencer la décision d’un parti qui tente de se présenter comme une force politique capable de gouverner de manière responsable. Enfin, la proposition de François Bayrou de négocier l’instauration de la proportionnelle aux élections législatives, un combat historique pour le RN, pourrait aussi les amener à renoncer à une censure.
Un dernier point de taille se pose également pour l’extrême droite, détenant un rôle crucial dans l’avenir politique de François Bayrou à Matignon : doivent-ils prendre le risque de censurer le gouvernement, ce qui ouvrirait la voie au président de la République pour dissoudre à nouveau l’Assemblée ? Cette question est d’autant plus sensible que Marine Le Pen ne serait pas en mesure de se représenter lors d’éventuelles élections législatives anticipées.