Un an après l’échéance de la précédente dissolution en 2024, Emmanuel Macron a de nouveau la possibilité de procéder à la dissolution de l’Assemblée nationale. Toutefois, le chef de l’État entretient volontairement une certaine incertitude concernant cette éventualité. Cette mesure demeure un choix délicat, à la fois périlleux et peu apprécié par l’opinion publique, même si elle représente le dernier recours disponible dans son arsenal politique.
Un an plus tard, Emmanuel Macron retrouve, ce mardi 8 juillet, la capacité de dissoudre l’Assemblée nationale. Sera-t-il tenté de s’en servir à nouveau ? Le chef de l’État évite soigneusement de se prononcer sur ce point, mais il a réactivé cet atout stratégique. La dissolution demeure avant tout une arme de dissuasion. Elle n’est pas conçue pour être systématiquement mise en œuvre, mais plutôt pour servir à dissuader. Emmanuel Macron, plus que quiconque, aime surprendre son auditoire. Il y a un an, en ce désormais tristement célèbre 9 juin 2023, peu de personnes étaient informées à l’avance. Le président se réjouissait autant de l’acte de dissoudre que de la surprise engendrée autour de lui. Il ignorait alors que ce coup de maître allait se retourner contre lui.
Aujourd’hui, le président entretient volontairement une certaine ambiguïté, car c’est l’un des rares leviers de pouvoir qui lui reste. Abandonner ouvertement cette possibilité reviendrait à baisser les bras, à se rendre vulnérable face à une classe politique désireuse de passer à autre chose, désireuse de tourner une page, la sienne. Ainsi, Emmanuel Macron maintient une menace discrète, à l’image de ses déclarations début juin, lorsqu’il estime que son habitude n’est pas de renoncer à un pouvoir constitutionnel, et que « si des partis politiques décidaient de paralyser le pays », il pourrait envisager son recours, tout en précisant que « ce n’est pas ce qu’il souhaite. »
Récupérer son influence dans la nomination du Premier ministre
Au-delà du simple retour à l’autorité de son rôle présidentialiste, Emmanuel Macron pourrait voir dans une nouvelle dissolution une occasion de sortir de cette profonde crise politique marquée par un gouvernement divisé, une Assemblée éclatée, minée par des jeux d’alliances improbables et l’interruption de grandes réformes. Par ailleurs, il pourrait nourrir le désir de réaffirmer sa prérogative dans le choix du Premier ministre, alors qu’il doit composer avec un François Bayrou qui l’irrite et un chef du gouvernement incapable de mettre en œuvre ses directives.
Dans les faits, Macron n’a pas grand intérêt à recourir à une nouvelle dissolution. Organiser de nouvelles élections législatives pourrait ne rien changer à la donne politique actuelle. Il serait impensable que le président souhaite revivre l’onde de choc provoquée il y a un an, mêlant colères des citoyens, critiques acerbes des responsables politiques et la désapprobation d’acteurs économiques majeurs, tous surpris et mécontents.
Au lieu de clarifier la situation, comme il l’avait promis, et de combattre « les compromis douteux et les solutions temporaires », Emmanuel Macron se retrouve confronté à une crise sans fin, alimentée par une image de nation en déclin, des marchés financiers nerveux, et un président qui se veut défenseur farouche contre le Rassemblement national tout en étant instrumentalisé par celui-ci. Il n’existe pas de dissolution providentielle capable d’effacer les séquelles de la précédente.
Les enquêtes d’opinion demeurent très défavorables au président, à l’image de la situation il y a un an. Il n’est donc en rien avantageux pour Emmanuel Macron de dissoudre de nouveau. C’est peut-être précisément cette retenue qui fait craindre, compte tenu de sa tendance à vouloir frapper là où on ne l’attend pas.