D’après Raphaël Glucksmann, une part importante des personnes immigrées se rendrait en France dans le but d’y suivre des études. Comment les experts interprètent-ils ce phénomène et quels chiffres viennent étayer cette affirmation ?
Le présent extrait reproduit une portion de la retranscription du reportage mentionné ci-dessus. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Lorsqu’on l’interroge sur les statistiques liées à l’immigration, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, représentant le mouvement Place publique, a exposé sa vision sur 42mag.fr: « On examine les chiffres. Que signifient ces chiffres, au fond ? Ce sont les étudiants. Voulons-nous fermer nos portes aux étudiants ? », a-t-il déclaré le 29 janvier. Dès lors, l’immigration en France peut-elle être essentiellement une immigration estudiantine, et comment cela se présentait-il auparavant ?
En ce qui concerne les titres de séjour délivrés en France l’année précédente, le motif étudiant s’impose comme la raison principale d’attribution. Avec environ 118 000 titres délivrés à des étudiants étrangers, ce motif dépasse légèrement les autres motifs, à savoir humanitaire et familial. Concrètement, les pays d’origine les plus représentés parmi ces étudiants étrangers sont le Maroc, l’Algérie et la Chine.
Pour autant, ce mouvement d’immigration étudiante est à la hausse depuis plus de deux décennies, et il a fini par supplanter le motif familial, qui occupait longtemps la première place. « L’immigration familiale demeure dynamique; il existe des réseaux très solides avec certains pays. Par ailleurs, on observe globalement une croissance de la mobilité étudiante. Cette dimension internationale est indéniable, liée au fait que les systèmes universitaires de nombreux pays se sont renforcés, ce qui entraîne un accroissement du nombre de personnes qui viennent en France », explique Antoine Pécoud, sociologue et spécialiste des migrations.
Une trajectoire politique gouvernementale
L’essor de l’immigration étudiante en France résulte aussi d’une volonté politique affichée dès 2018 par les autorités. « Face à une concurrence internationale de plus en plus vive, la France doit rester l’un des acteurs majeurs de la mondialisation des études supérieures. C’est pourquoi nous présentons aujourd’hui la stratégie Bienvenue en France », déclarait alors Édouard Philippe, Premier ministre, le 19 novembre 2018.
Objectif gouvernemental : accueillir 500 000 étudiants étrangers dans les universités françaises d’ici 2027. Un chiffre qui frôlait l’atteinte à la rentrée dernière. L’immigration étudiante est en pleine expansion. Mais ce motif d’entrée sur le territoire n’est-il pas parfois seulement un prétexte pour s’installer durablement dans le pays ?
« Certains pourraient distinguer justement cette dimension étudiante qui renvoie à une venue motivée par les études en France, supposant une temporalité théorique. D’autres arguments pourraient s’inscrire dans l’idée que ce sont des migrations masquées qui ne disent pas leur nom, mais au fil du temps, certains, selon leur quotidien et leur évolution, pourraient choisir légalement ou non de prolonger leur séjour en France », pointe Yvan Gastaut, historien spécialiste de l’immigration.
En ce qui concerne l’immigration légale, le ministère de l’Intérieur dispose de chiffres. Sur une génération d’étudiants arrivés en 2015, environ 30 % étaient encore en France huit ans après leurs études, avec des variations selon le pays d’origine. Ainsi, oui, le principal motif d’immigration aujourd’hui en France reste la poursuite d’études. Et une partie de ces étudiants finit ensuite par rester dans le pays, souvent pour y travailler.
Parmi nos sources :
Articles de presse
- Le Monde
- Les Échos
Documents / rapports
- Vie-Publique.fr
- Ministère de l’Intérieur
- Insee
- Campus France.org
- Ministère de l’Intérieur
Experts / intervenants
- Antoine Pécoud : Professeur de sociologie, Université Sorbonne Paris Nord, spécialiste de l’immigration
- Yvan Gastaut : Historien, spécialiste de l’immigration – Urmis
Cette liste n’est pas exhaustive.







