Selon Jean-Luc Mélenchon, Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, introduit une approche qui innove et perturbe l’ordre public électoral en modifiant les libellés des partis politiques. Mélenchon souligne que son mouvement a toujours été classé à gauche lors des scrutins précédents. Le parti a déposé un recours devant le Conseil d’État.
Les soutiens de Jean‑Luc Mélenchon, furieux, dénoncent vivement une décision du ministère de l’Intérieur. Un grand nombre de cadres de La France insoumise (LFI) se sont insurgés après la publication d’une circulaire relative aux municipales de mars, qui classe leur mouvement dans le bloc désigné « extrême gauche ». Cette circulaire, datée du lundi 2 février, organise l’attribution des nuances politiques et est envoyée à chaque scrutin. Jamais auparavant LFI n’avait été officiellement rangé dans cette catégorie depuis sa fondation en 2016.
« La grille de nuance est également applicable aux listes de candidats aux élections métropolitaines de Lyon et aux élections d’arrondissements de Paris, Lyon et Marseille », indique la circulaire, qui place LFI aux côtés de Lutte ouvrière et du Nouveau Parti anticapitaliste, tandis que le Parti communiste français se voit rangé dans le bloc « gauche ». En réaction, le mouvement a précisé à 42mag.fr avoir déposé un recours, un référé-suspension, devant le Conseil d’État. Par cette procédure d’urgence, les insoumis espèrent obtenir un jugement avant les élections. Rappelons que, en mars 2024, la plus haute juridiction administrative française avait déjà validé le classement de LFI comme mouvement de « gauche ».
« Pourquoi maintenant ? », s’interroge Jean‑Luc Mélenchon
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, « innove et perturbe l’ordre public électoral en modifiant les étiquettes des partis politiques. Alors qu’en 2020 et 2023 LFI était classée à gauche, le ministre décide, à la Trump, de nous classer extrême gauche comme ‘nuance’ dans ses décomptes », a réagi mercredi Mélenchon dans un message publié sur X. « Depuis quand le ministre de l’Intérieur décide-t-il de ce genre de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ? Pourquoi maintenant ? Peut-on avoir confiance pour les élections auprès de quelqu’un qui déguise les étiquettes politiques ? Et le classement des résultats, c’est lui qui s’en charge aussi ? » Autre phrase éventée par la suite : « Ces lettres sont celles d’une république bananière. »
Les cadres insoumis ont partagé l’indignation du fondateur de leur formation. « Manipulation scandaleuse du ministre en charge de la bonne tenue des élections », a proclamé Aurélien Saintoul sur X. De son côté, le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, a évoqué une « magouille ». « Cette manœuvre est une opération malhonnête du ministre de l’Intérieur qui cherche à manipuler les nuances afin d’essayer d’affaiblir La France insoumise », a-t-il poursuivi. « Il existe des partis classés à l’extrême gauche dans ce pays, ils sont respectables, mais LFI n’en fait pas partie », a affirmé pour sa part Éric Coquerel, président de la commission des finances de LFI, sur le même réseau social.
Certains députés de gauche ont apporté leur soutien aux responsables insoumis, à l’image du député écologiste Benjamin Lucas. « Monsieur Nuñez, il faut être un zélateur de la banalisation de l’extrême droite et un piètre connaisseur de l’histoire républicaine de la gauche, fut-elle radicale, pour tripatouiller le classement des étiquettes politiques en désignant LFI comme ‘extrême gauche’ », a-t-il écrit sur X.
« Le nuançage doit être distingué de l’étiquette politique », assure le ministère
Interrogé par 42mag.fr sur ce changement de qualification, le ministère n’a pas souhaité répondre. Dans un message envoyé à 42mag.fr au tout début du mois de décembre, le ministère avait toutefois assuré que « le nuançage politique est un outil de classement des candidatures et élus à un scrutin, dont le seul objectif est de faciliter l’agrégation et la présentation des résultats d’un scrutin, afin d’informer les citoyens ».
« Il permet aux citoyens et aux pouvoirs publics de disposer des tendances politiques locales et nationales et de suivre l’évolution de ces tendances dans le temps », avaient ajouté les services de Laurent Nuñez. « Il permet de refléter le paysage politique contemporain de l’élection. Le nuançage politique doit donc être distingué de l’étiquette politique librement déclarée par le candidat au moment du dépôt de sa candidature. »







