Malgré le grand nombre de signalements d’incendies et d’explosions touchant des voitures hybrides, les mécanismes sous-jacents à ces incidents ne sont pas encore clairement établis. Au cours des mois qui viennent de s’écouler, des dizaines de milliers de véhicules ont été mis en rappel.
Cette section constitue un extrait partiel de la retranscription du reportage précédent. Pour visionner le reportage dans son intégralité, cliquez sur la vidéo.
En septembre dernier, on a évité le pire près d’une usine de machines industrielles à Nomeny, dans la Meurthe-et-Moselle. Le véhicule conduit par Olivier Godefroy a pris feu sans raison apparente. « Un gros moment de panique parce qu’il faut évacuer. On ne sait pas si ça va exploser. On a vraiment frôlé le drame », déclare-t-il. Garée sur le parking toute la matinée, la voiture, une Citroën hybride rechargeable, n’était pas branchée. En attendant l’arrivée des pompiers, il a eu le réflexe de filmer la scène. « Ça fumait vraiment beaucoup au début. Le bruit c’est la batterie qui se consumait, qui prenait feu », précise-t-il.
Les sapeurs-pompiers ont alors mis plus de deux heures pour éteindre l’incendie. Sur une photo, on distingue le bloc qui compose la batterie, placé sous les sièges arrière. La batterie électrique défectueuse serait en cause. « On a reçu quinze jours après un courrier nous disant de ne plus charger le véhicule. Et de le ramener. Malheureusement, il était trop tard. C’est qu’ils se sont aperçus certainement qu’il y avait des défauts de batterie », souligne Olivier Godefroy.
Je me suis dit que tout le quartier allait brûler
Le groupe automobile Stellantis nous a confirmé que 16 000 véhicules hybrides ont été rappelés en France, à cette même période, pour un risque potentiel de surchauffe des batteries. Le danger est bien l’incendie. Sur les réseaux sociaux, les vidéos démarrent presque toujours par une explosion, puis de la fumée et enfin des flammes. Ce scénario redouté, Jennifer Topin le revit à chaque fois qu’elle passe devant l’épave de ce qui était autrefois sa voiture. Un véhicule Renault tout juste acheté, âgé de quatre mois. « C’est terrible. À chaque fois que je rentre chez moi, j’ai la boule au ventre. Je n’aurais jamais cru qu’une voiture puisse exploser aussi vite et sans avertissement », déplore-t-elle.
Le 26 août dernier, un bruit d’explosion la pousse à sortir de chez elle. Dans les images de vidéosurveillance, on voit sa voiture hybride rechargeable commencer à fumer. Puis un incendie se declare, détruisant une partie de sa maison. « Je me suis dit que tout le quartier allait brûler. Nous, on avait la cuve de gaz qui se situe derrière, on avait des voisins. Ça a été une grosse frayeur », raconte-t-elle. La famille a dû quitter le domicile pendant plusieurs semaines en raison des dommages et des émanations.
En ce qui concerne la cause, le groupe Renault, que nous avons contacté, n’avance aucune piste tant que le véhicule n’aura pas été examiné par des experts dans un centre agréé. Ce que Jennifer Topin et son mari Cyril refusent : « Nous avons demandé une expertise judiciaire du véhicule afin que quelqu’un d’impartial puisse déterminer les responsabilités, parce qu’aujourd’hui personne n’est capable de dire qui est responsable ». Pour le couple, la piste la plus crédible semble être celle de la batterie.
Des batteries mal conçues ?
Mais y a-t-il davantage d’incendies impliquant des véhicules hybrides ? Les recherches sont rares, mais selon un comparateur d’assurance américain, sur 100 000 véhicules, 3 474 hybrides se sont embrasés, contre 1 530 voitures thermiques et seulement 25 électriques. Alors, comment expliquer un tel risque ? Réponse avec un spécialiste des batteries. Dans son atelier de recyclage, Yann Lelong réalise des tests: il pousse une batterie au-delà de sa limite et elle explose. Est-ce ce qui s’est passé sur les voitures ? « Je n’espère pas, car les conditions réclament seraient tout à fait irréalistes pour un véhicule. Mais ça peut démarrer comme ça, avec un élément qui s’enflamme au milieu du pack et contaminer les autres », précise-t-il.
C’est ce qu’on appelle l’emballement thermique, une réaction en chaîne provoquée par une surchauffe de la batterie qui peut grimper à plus de 100 degrés en quelques minutes. Le feu se propage ensuite cellule après cellule et devient vite incontrôlable. Mais quelle en est l’origine exacte ? Yann Lelong a disséqué l’une de ces cellules. Elle est composée de plaques d’aluminium et de cuivre et d’un isolant en plastique sur lequel repose l’ensemble des éléments de sécurité. « Pour les hybrides, on observe une particularité: une petite batterie qui sert à faire avancer l’ensemble du véhicule dans un hybride rechargeable, comme si c’était un véhicule 100% électrique, mais avec une batterie en général cinq à dix fois plus petite. Donc le moindre défaut de conception voit ses conséquences s’amplifier. C’est peut-être pour cela que la sinistralité est plus élevée pour ce type de véhicule », ajoute-t-il.
Face à ces risques, des normes encore plus strictes vont entrer en vigueur. Les constructeurs devront renforcer la protection des batteries pour éviter tout risque d’incendie.
Parmi nos sources :
Auto Insurance EZ
Liste non exhaustive.







