Le député PS représentant l’Essonne a annoncé jeudi qu’il envisageait de briguer l’Élysée afin de défendre le courant social-démocrate, et ce sans recourir à une primaire.
Une initiative qui a pris tout le monde de court. Le socialiste Jérôme Guedj a surpris l’opinion jeudi 5 février en annonçant sur France Inter son intention de briguer la présidentielle. Le député de l’Essonne n’est pas une personnalité très médiatisée et il intervient à un moment où les regards se portent surtout sur les municipales. Cette annonce de candidature se situe donc en décalage par rapport au calendrier et à la notoriété.
Âgé de 54 ans, Jérôme Guedj représente le département de l’Essonne et fait partie de l’aile sociale-démocrate du Parti socialiste, une tendance qu’il souhaite porter lors du scrutin de 2027. « Je me présente aujourd’hui à l’élection présidentielle pour faire entendre la voix d’une gauche républicaine, européenne, universaliste, laïque, et d’une gauche qui s’inscrit dans le social et l’écologie », a-t-il déclaré sur France Inter. Ainsi, il esquisse le portrait d’une gauche différente de celle de Jean-Luc Mélenchon, qu’il se propose désormais comme alternative.
Pourtant, le parcours politique de Guedj a commencé près de Jean-Luc Mélenchon. Après des études à l’ENA, il devient son assistant parlementaire et suit son mentor jusqu’à devenir président du conseil départemental de l’Essonne de 2011 à 2015. La première rupture intervient en 2009 : il reste au Parti socialiste alors que Mélenchon fonde le Parti de gauche. Étiqueté comme « frondeur » durant le mandat Hollande, notamment sur les questions européennes, ce spécialiste des questions de santé et du grand âge évolue progressivement vers le centre gauche.
La rupture suivante survient avec la vague d’événements autour du conflit du Hamas le 7 octobre 2023, qui éclaire à nouveaux ses divergences avec l’ancien mentor. Juif de confession, Guedj exprime d’importants désaccords avec certaines prises de position de Mélenchon. En 2024, il refuse de prendre part aux législatives anticipées sous l’étiquette du Nouveau Front populaire, estimant que « l’escalade des confrontations et le brutalisme du débat politique reflètent la marque personnelle de Jean-Luc Mélenchon » et que « cela pèse sur le rassemblement de la gauche et des écologistes », affirmait-il alors au micro de 42mag.fr.
Plus il y aura de candidatures, plus la primaire sera incontournable
Dans les rangs du Parti socialiste, Guedj se situe dans l’opposition à Olivier Faure. Il fait partie des voix au PS qui contestent fortement la tenue d’une primaire de la gauche, surnommée « la primaire de Bagneux », programmée le 11 octobre pour désigner le candidat à la présidentielle.
Il soutient qu’il faut d’abord parvenir à un accord sur un programme commun et estime que les prétendants actuellement engagés dans cette primaire – Marine Tondelier, Clémentine Autain ou François Rufin – envisagent une discussion possible avec La France insoumise malgré la rupture qui s’est opérée entre les deux camps. La question de la participation du PS à cette primaire n’est pas tranchée : c’est l’objectif affiché par Olivier Faure, mais il devra persuader en interne les partisans de Boris Vallaud ou de Nicolas Mayer-Rossignol, ses rivaux pour le poste de premier secrétaire lors du congrès de juin 2025.
« Plus il y aura de candidatures à gauche, plus il sera évident qu’une primaire est nécessaire », ironise Marine Tondelier lorsqu’on lui demande son avis sur les ambitions du député de l’Essonne.
« Depuis 2012, la gauche échoue à atteindre le second tour de la présidentielle. Nous avons la responsabilité d’offrir à notre camp politique une autre stratégie. »
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistesà 42mag.fr
« C’est le signe d’une faiblesse stratégique de la droite du PS… » ajoute une autre initiatrice de la primaire de gauche.
C’est une démarche solitaire
Pour l’instant, Jérôme Guedj se lance seul dans cette aventure. En dehors du Parti socialiste, sans financement pour sa campagne et sans soutien public, peut-il réellement aller loin ? « Certains diront que je fonce sans reculer. Oui, mais c’est ma manière de faire », répond l’intéressé à L’Opinion. « Jérôme… il y pense depuis des années », réagit un de ses camarades contacté par le service politique de France Télévisions, décrivant cette déclaration comme un simple fait divers. « C’est une initiative solitaire. Je partage son positionnement, mais je suis un collègue député et je n’avais pas été informé de cette annonce », ajoute un autre militant d’opposition interne à Olivier Faure.
L’espace politique qu’il promeut est déjà occupé par des figures comme Raphaël Glucksmann ou Bernard Cazeneuve à l’extérieur du PS, ainsi que François Hollande ou Carole Delga à l’intérieur, autant de candidats potentiels pour représenter la social-démocratie à la présidentielle. « Je souhaite que nous collaborions tous pour tracer l’orientation d’une gauche républicaine, européenne et universaliste. Mettons-nous autour de la table et portons une ligne politique qui se distingue et qui rompt avec une gauche hésitante vis-à-vis de la République et de l’universalisme », réaffirme-t-il sur France Inter. »Une position qu’il partage avec Nicolas Mayer-Rossignol.
« Nous partageons avec Jérôme un point fondamental : seule une gauche républicaine peut offrir une alternative crédible face à la montée apparente de l’extrême droite. »
Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouenà 42mag.fr
La démarche de candidature officielle de Guedj, alors que Raphaël Glucksmann et François Hollande restent encore en coulisses, marque une façon d’affirmer qu’il existe une alternative à la primaire de la gauche pour le PS. Est‑ce aussi une manière d’anticiper sur des adversaires plus connus ? « Un peu des deux », répond avec sourire un responsable socialiste. « Il y a un espace pour une tonalité tonitruante du côté du PS », déclare-t-il. De son côté, Guedj affirme vouloir amplifier cet espace politique qui, malgré la constellation de candidats présents à l’élection, ne voit encore personne s’imposer clairement. L’objectif est de susciter une dynamique et d’éviter une confusion trop grande autour de l’offre politique de la gauche.







