Marine Le Pen demeure exposée à une éventuelle inéligibilité, et les réquisitions du procès pourraient aussi l’empêcher de briguer la présidence en 2027. Entre les choix stratégiques du Rassemblement National et les contraintes imposées par le calendrier judiciaire, le parti doit déjà réfléchir à celui qui portera ses couleurs lors de l’élection présidentielle.
Ce passage reproduit une partie de la transcription du reportage ci-dessus. Pour voir l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Le sourire illumine le visage de Marine Le Pen ce 4 février. Elle affirme être croyante et, par conséquent, croire au miracle. Toutefois, ne nous méprenons pas: le 3 février, elle évaluait ses chances de se présenter à la présidentielle comme extrêmement faibles. « Si les réquisitions viennent à être suivies, je serais empêchée », a-t-elle confié à plusieurs journalistes. Il faut dire que le chemin vers l’éligibilité est particulièrement escarpé.
Les députés du Rassemblement National en sont pleinement conscients. Jean-Philippe Tanguy, député du RN pour la Somme, remarque : « Tout le monde est mobilisé, Jordan Bardella en premier lieu pour Marine Le Pen. Donc on préfère ne pas se projeter dans un scénario qui n’existe pas. » Laurent Jacobelli, député du RN de Moselle, ajoute : « Il existe une menace juridique qui plane comme une épée de Damoclès. Nous ne l’avons pas voulue. C’est ainsi. Nous agirons en fonction des événements et des décisions. Nous ne décevrons pas les Français. »
Quelles hypothèses pour 2027 ?
Alors quels scénarios pourraient se dessiner ? Une relaxation de la sanction paraît peu plausible. Marine Le Pen espère donc obtenir une réduction de son inéligibilité de cinq ans à deux ans. Cela pourrait lui permettre de prétendre à la présidence en 2027. En revanche, si la Cour suit les réquisitions comme en première instance, elle serait contrainte de renoncer. Sans oublier la éventualité d’une peine de prison qui pourrait l’obliger à mener la campagne sous bracelet électronique.
Un élu du RN préfère ne pas se prononcer définitivement : « Ce qui compte, c’est la décision. On se prépare à tout, mais il reste une possibilité. »Une autre élue renchérit : « Marine demeure notre candidate. En dire autre reviendrait à écrire le jugement avant qu’il ne soit rendu. »
Les délais judiciaires jouent aussi leur rôle. C’est pourquoi Marine Le Pen s’est fixée un calendrier personnel. Pour assurer une campagne du RN sereine, explique Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à Paris Panthéon-Assas et constitutionnaliste, « le calendrier des procédures peut perturber l’échéancier politique du Rassemblement national. Il vaudrait mieux que le RN soit, le plus tôt possible, certain du candidat qu’il va présenter. C’est pourquoi Marine Le Pen affirme qu’elle n’attendra pas la cassation. Dès l’instant où elle obtient son jugement en appel, elle saura si elle est la candidate ou si elle cède le témoin à Jordan Bardella. »
Jordan Bardella ou Marine Le Pen pour porter les couleurs du RN en 2027 ? La décision sera prise avant l’été et un congrès sera convoqué à l’automne pour lancer la campagne.
Parmi les sources consultées :
Benjamin Morel, maître de droit public, se décrit comme « républicain de gauche ».







