Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne et candidat déclaré à l’élection présidentielle, était l’invité politique de Franceinfo. Il a défendu sa démarche dans un paysage de gauche qu’il juge encore dépourvu de ligne claire, plaidant pour l’émergence d’une « gauche républicaine » attachée à la laïcité et aux principes universalistes. Il est également revenu sur le débat entourant une éventuelle primaire, appelant à clarifier les positions sur les questions régaliennes, la défense et les valeurs avant toute stratégie d’alliance.
Cette portion provient d’une traduction partielle de l’entretien évoqué plus haut. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Alix Bouilhaguet : Vous avez lancé votre candidature à la présidentielle il y a six jours, alors que la gauche est déjà très morcelée. N’est-ce pas une contribution à la confusion dans un paysage déjà chargé ?
Jérôme Guedj : Non. Mon ambition est de porter un flux d’idées, celui qui m’anime depuis longtemps. L’élection présidentielle se tiendra dans un an. Je pense que l’année 2026 mérite d’être mobilisée pour répondre concrètement aux attentes des Français. Avec d’autres, j’essaie de représenter ce que j’appelle la gauche républicaine, universaliste et laïque. Une gauche qui peut être intransigeante sur les principes républicains — la laïcité, les affaires régaliennes, la sécurité et la défense — tout en restant résolument ancrée à gauche, car les aspirations en matière de logement, d’accès aux soins et de pouvoir d’achat sont extrêmement fortes dans le pays.
Y a-t-il aujourd’hui de la confusion ? Le problème, c’est qu’aucune ligne politique claire et tranchée ne s’est encore imposée à gauche.
Vous affirmez ne pas vouloir simplement ajouter un nom à l’éventail ni participer à une course des petits chevaux. Comment convaincre qu’il ne s’agit pas d’une aventure personnelle ?
Parce que cette démarche porte des combats collectifs. J’invite l’ensemble de la gauche républicaine à travailler sur ces questions et à construire le programme que nous proposerons aux citoyens. Une année entière n’est pas de trop pour réaliser ce travail.
Plutôt que de nous concentrer sur des questions de procédure — qui nommerait un candidat ou quel serait le cadre des alliances — partons des attentes des Français. En fin de compte, ils s’intéressent peu aux mécanismes internes. Il existe une aspiration à l’unité : je la comprends et la partage. Mais l’union n’a du sens que si elle repose sur une proposition cohérente. Juxtaposer des positions antagonistes ne peut conduire qu’à l’échec.
Pourquoi ne pas porter ce discours en participant à la primaire de la gauche ? Cette primaire est soutenue par le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure. N’avez-vous pas fragilisé cette initiative ?
Il s’agit d’abord de la position personnelle d’Olivier Faure. Les socialistes, collectivement, ne se sont pas encore prononcés. Le président de mon groupe, Boris Vallaud, a lui-même indiqué — dans la continuité de ce que j’avais exprimé — qu’il ne croyait pas véritablement à une primaire, du moins pas dans la forme actuellement envisagée.
Certains personnages, comme Marine Tondelier, François Ruffin, Clémentine Autain ou Lucie Castets, ont exprimé leur souhait d’une primaire de cette nature, ce qui est tout à fait légitime. Olivier Faure a alors précisé qu’il pourrait soumettre cette proposition au vote des militants socialistes.
Si vous rejetez cette formule, quels devraient être selon vous les contours d’une primaire ?
Pour moi, le cadre doit d’abord refléter les idées. Il faut s’assurer d’accords solides sur des sujets cruciaux, notamment en matière de défense. Le chef de l’État agit dans un monde instable et préoccupant, marqué par des figures comme Donald Trump ou Vladimir Poutine. Dans ce contexte, il est nécessaire d’affirmer une défense européenne.
Existe-t-il des convergences sur le rôle de l’OTAN ou sur l’autonomie stratégique européenne ? Pouvons-nous dégager des compromis clairs ? Je le souhaite et je le crois possible. Il en va de même pour la protection de nos concitoyens, que ce soit en matière de sécurité ou de protection sociale, ainsi que du financement de notre modèle social.
Vous souhaitez donc une primaire entre des candidats qui partagent exactement les mêmes positions ? Cela exclurait-il Marine Tondelier ou François Ruffin ?
Je veux simplement que les désaccords soient clarifiés et non dissimulés. Par le passé, certains accords électoraux ont été conclus dans l’urgence et ont volé en éclats lorsqu’ils ont dû être confrontés à la réalité. Lacan disait que le réel, c’est ce à quoi l’on se heurte. Il existe un réel à gauche : on ne peut durablement rassembler des positions profondément antagonistes.
Pour moi, la politique commence toujours par des valeurs et des principes : l’universalisme républicain, le refus de rendre le débat public plus brutal, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, le rejet de toute assignation identitaire. Il est aujourd’hui nécessaire de clarifier certaines ambiguïtés qui subsistent à gauche, notamment dans le rapport entretenu avec la direction de La France insoumise. J’assume une position nette à cet égard. Cela ne signifie en rien que j’aie des difficultés avec les électeurs de ce mouvement. Je m’adresse à l’ensemble des électeurs du pays afin de répondre à leurs préoccupations, mais je refuse de m’enfermer dans des jeux d’appareils stériles.
Cette portion provient d’une traduction partielle de l’entretien évoqué plus haut. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.







