La représentante du Pas-de-Calais au Parlement connaîtra son sort le 7 juillet 2026, échéance à laquelle sera rendu le délibéré dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Pour l’instant, un pessimisme croissant s’empare du camp de l’extrême droite.
Marine Le Pen ignore encore si elle pourra briguer l’Elysée en 2027, mais elle sait désormais qu’elle devra patienter encore environ cinq mois avant d’avoir une décision sur son avenir politique. Ses avocats ont tenté une ultime fois, mercredi 11 février, de persuader la cour d’appel de Paris de relaxer dans l’affaire des assistants parlementaires des députés européens du Front national.
Alors qu’on s’apprête à clore ces quatre semaines d’audience, la présidente a annoncé que le délibéré serait rendu le 7 juillet 2026 à 13h30, à seulement neuf mois de l’élection présidentielle. « Plus c’était tôt, mieux je me portais », a-t-elle lancé, exaspérée, avant de quitter la salle d’audience sans s’adresser aux nombreuses caméras présentes. Elle a d’ores et déjà prévenu que c’est en fonction de cette décision qu’elle dirait si elle se présentera ou non à la présidentielle. Le chemin reste très étroit pour que la leader d’extrême droite puisse mener une quatrième campagne élyséenne, mais derrière les mots d’apparat, les militants lepénistes peinent désormais à dissimuler leur fatalité.
« Je préfère ne pas me projeter »
Comme lors du procès en première instance, le Rassemblement national oscille entre immobilisme et autodérision. Dans les semaines qui viennent, la plupart de ses élus préféraient éviter les questions des journalistes concernant l’appel, en respect des consignes dictées par la direction du parti. « On n’a pas le temps de suivre les audiences, on regarde un peu les lives des médias pour glaner quelques informations, mais on a déjà beaucoup de travail », expliquait alors un député en plein sprint final. D’autres choisissent une certaine forme de déni. « Je préfère ne pas me projeter tant qu’on ne connaît pas la décision, ça ne sert à rien d’angoisser sur quelque chose qui échappe », souffle un jeune cadre. Et de lancer, avant de changer de sujet : « Ne l’enterrons pas trop vite ! »
« Sa force, » [Marine Le Pen] la tire d’un éternel optimisme, vantait lors de sa plaidoirie son avocate, Sandra Kollaric Chirac. Mais peut-on en dire autant des cadres frontistes ? Même à distance de la salle d’audience, ils semblent s’être, au fil des quatre semaines du procès en appel, davantage résignés à l’hypothèse d’un empêchement de leur cheffe de file.
« Il y a encore une possibilité qu’elle soit notre candidate », veut croire un parlementaire, pour enchaîner ensuite les « si » : « Si elle n’a que du sursis, car on ne va pas faire campagne avec un bracelet. Et si elle n’a que deux ans d’inéligibilité, ça passe… » « Mais pour passer de cinq à deux ans, il y a un grand écart… » soupire-t-il, conscient que la réduction de peine prononcée en première instance (cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire) paraît peu plausible comme hypothèse.
D’autant que les avocats généraux ont requis sa condamnation pour détournements de fonds publics, estimant qu’elle a été « l’instigatrice » d’un « système qui lui a permis de détourner 1,4 million d’euros ». Certes, la peine demandée est un peu moins lourde qu’en première instance, mais elle resterait néanmoins synonyme d’abandon de la course à l’Élysée pour Marine Le Pen, si la cour d’appel venait à suivre ce suggestion des procureurs.
« D’après ce que j’ai vu en audience, j’ai l’impression qu’on a été plus écoutés, mais je préfère ne pas m’y fier. »
Un ami de Marine Le Penà 42mag.fr
« Ce n’est pas confortable, mais on commence à être habitués », relativise-t-il. C’est comme cela depuis le 31 mars 2025 et cela fera déjà 15 mois lorsque la cour d’appel rendra sa décision. « On est suspendus… On est dans une zone grise, mais c’est la justice qui décide », souffle un parlementaire, assez fataliste. Or cette attente pèse sur la campagne du RN pour la présidentielle. « Il faut que Jordan se mette dans les habits présidentiels », poursuit cette source.
« Il y a des pessimistes mais ça n’est pas terminé »
Les réactions varient selon qu’on discute avec les proches de la députée du Pas-de-Calais ou avec le jeune eurodéputé de trente ans. « Il y a une fatalité autour de la décision de justice. L’option Bardella est en train d’être acceptée même par les plus réticents », estime-t-on au sein de l’entourage du président du RN. Les sympathisants sembleraient eux aussi avoir amorcé leur deuil : selon un sondage publié jeudi par Le Figaro, ils sont désormais 69% à penser que Jordan Bardella ferait un meilleur candidat à la présidentielle que Marine Le Pen.
« Il y a des pessimistes au sein du parti, mais ce n’est pas terminé. Marine s’est fixé un calendrier. En attendant, la vie politique continue, et la campagne aussi », nuance un proche de la triple candidate à la présidentielle. Plus pessimiste, un poids lourd du mouvement finit par perdre espoir.
« On va avoir le choix entre une candidate condamnée et un candidat pas prêt. »
Un cadre du Rassemblement nationalà France Télévisions
En attendant le délibéré, Marine Le Pen demeure la « candidate naturelle » du RN pour 2027, même si le parti d’extrême droite va continuer à mettre en avant son tandem, notamment dans le cadre des municipales. Elle se rendra ainsi, avec Jordan Bardella, à Perpignan le 26 février pour soutenir le maire sortant Louis Aliot, lui aussi menacé d’une peine d’inéligibilité dans ce dossier. « C’est notre force, ce ticket. Nous avons deux candidats ultra-populaires, les autres n’ont que des candidats médiocres », martèle un cadre.
La députée du Pas-de-Calais espère engranger de nouvelles victoires municipales afin d’achever la dédiabolisation et la normalisation du parti, qu’elle avait entamées il y a plus d’une décennie. Une manière d’ancrer son héritage si elle devait passer le relais à son dauphin, et de ne pas rester confinée dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, où les perspectives de dissolution se font plus lointaines et où le RN ne peut guère espérer de triomphes d’ici l’été. « Ma cliente vous confie l’ouvrage de sa vie, et la question est de savoir s’il se terminera ici ou s’il pourra être rebâti », a déclaré son avocat et ami, Rodolphe Bosselut, à l’issue de sa plaidoirie mercredi.







