Dans le cadre de l’échange mené avec Gilles Bornstein sur l’émission « 4V » du mercredi 11 février, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, est revenue sur la question du cap énergétique tracé pour la France et a réaffirmé l’importance de l’indépendance énergétique du pays. Elle a explicitement rappelé que la stratégie demeure la même: avancer simultanément sur deux fronts — le nucléaire et les énergies renouvelables — tout en garantissant que le fonctionnement de la Cour des Comptes se fasse de manière collégiale et impartiale, afin que ses conclusions soient perçues comme neutres et fiables.
Cette portion du texte retranscrit une partie de l’entretien mentionné plus haut. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Selon moi, la feuille de route énergétique de la France doit être présentée par le Premier ministre demain. D’après ce que j’ai compris, le nucléaire continuera d’occuper une place majeure, le déploiement des énergies renouvelables n’est pas remis en cause, mais il n’y aura pas non plus de relance marquée. Pour mémoire, j’adresse ces remarques à une ingénieure nucléaire de métier civil.
Maud Bregeon : Notre cap demeure extrêmement clair et constant depuis plusieurs années. Nous nous appuyons sur une combinaison d’énergies renouvelables et d’énergie nucléaire. L’explication est simple : environ 60 % de l’énergie fossile consommée en France est importée, que ce soit sous forme de gaz ou de pétrole. Cela représente l’équivalent d’environ 60 milliards d’euros par an, un chiffre conséquent. Il s’agit donc d’un enjeu de souveraineté et d’indépendance, mais aussi d’un pouvoir d’achat, car l’électricité décarbonée produite en France permet de mieux maîtriser les coûts. Pour reprendre les mots du Premier ministre : l’urgence, c’est l’indépendance, et l’indépendance passe par l’énergie.
Si l’on comprend que, sur le terrain, peu de choses vont changer pour les renouvelables, va-t-on installer de nouvelles capacités dans ce secteur ?
Oui. Nous avons été très explicites : un développement ambitieux est prévu pour l’ensemble des filières, notamment le solaire et l’éolien terrestre, dont nous avons vraiment besoin.
J’ai lu que les anciennes éoliennes allaient être électrifiées, mais je n’ai pas vu mention de nouvelles installations. Va-t-on construire de nouvelles éoliennes ?
Oui, il y aura à la fois le renouvellement des installations existantes et la mise en place de nouvelles capacités. La priorité sera donnée au remplacement des premières unités, qui datent de 2001, puisque les technologies ont évolué. Le sujet n’est pas le nombre de mâts, mais la puissance installée. Cette puissance va augmenter, tout comme la part du photovoltaïque, l’éolien en mer et le nucléaire. Nous ne sommes pas attachés à un dogme : l’objectif est clair, atteindre 60 % d’énergie décarbonée d’ici 2030 et sortir progressivement des énergies fossiles. Deux lois ont été adoptées : l’une pour accélérer la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires, l’autre pour accroître les capacités liées aux énergies renouvelables. Contrairement à ce que certains partis soutiennent, nous ne mettons pas en opposition les différentes énergies décarbonées. Pour s’affranchir du gaz russe, algérien ou du GNL américain, nous n’avons pas le luxe de choisir entre nucléaire et renouvelables.
La nomination d’Amélie de Montchalin à la présidence de la Cour des Comptes suscite des critiques. La charte de déontologie des juridictions financières impose neutralité et impartialité. Comme le souligne M. Corbière : « Du fait de ses fonctions actuelles, Amélie de Montchalin ne répond à aucune de ces exigences. Elle devra juger et commenter le budget qu’elle a elle-même supervisé en tant que ministre du Budget. » Peut-on parler d’impartialité ?
Oui. Pour appréhender la situation, il faut regarder le fonctionnement de la Cour des Comptes, qui est fondamentalement collégial. Amélie de Montchalin occupera la fonction de première présidente, entourée de huit chefs de chambre. L’assemblée délibère collectivement, ce qui permet la confrontation des points de vue. La Cour est intrinsèquement indépendante, impartiale et collégiale. Ce n’est pas la première fois qu’un président de la République nomme un ancien ministre à la Cour.
Nicolas Sarkozy avait nommé un opposant, Didier Migaud.
Et François Mitterrand avait nommé Pierre Joxe, qui était passé en quelques jours du ministère de la Défense à la Cour des Comptes. Cela n’avait pas posé de problème d’indépendance. Lors des débats budgétaires, Amélie de Montchalin a démontré son sens de l’État, et non un engagement partisan. Le président nomme des personnes compétentes, ce qui est le cas d’Amélie de Montchalin. Son expérience et ses compétences sont largement reconnues. De plus, le fonctionnement collégial de la Cour garantit l’impartialité et prévient toute accusation de partialité.
Sur l’actualité parlementaire, peut-on confirmer que la réforme de l’audiovisuel public est abandonnée ? Certains membres de l’exécutif nous l’ont affirmé.
Je ne peux pas le confirmer ce matin. En revanche, des consultations et des discussions sont en cours, pilotées par le Premier ministre. Il a reçu hier les présidents des groupes de l’Assemblée nationale – Renaissance, Les Républicains, MoDem et Horizon – ainsi que la présidente de l’Assemblée. Il en fera de même lundi avec les présidents de groupe du Sénat. C’est avec eux que la feuille de route parlementaire se dessinera, et elle nous mènera jusqu’à l’été.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.







