Parmi les retombées du conflit au Moyen-Orient figure l’inquiétude qui plane sur le secteur du plastique, car le pétrole demeure une matière première essentielle à sa fabrication. France Télévisions s’est rendu dans cette vallée spécialisée dans la plasturgie, qui compte environ 10 000 emplois dans l’Ain. Les acteurs économiques du secteur constatent déjà les effets de la hausse des prix des matières premières.
Ce passage provient d’une partie de la retranscription du reportage mentionné ci-dessus. Pour visionner le reportage dans son intégralité, cliquez sur la vidéo.
Dans l’Ain, on l’appelle la « Plastics Valley », soit en bon français la vallée du plastique, un secteur qui emploie 10 000 personnes. Cette filière, qui prospérait jadis, se retrouve aujourd’hui indirectement prise dans les conséquences du conflit au Moyen-Orient. Dans une usine, par exemple, des milliers de pièces sont fabriquées chaque jour pour des domaines variés comme le médical, le nucléaire et d’autres encore : « C’est une pièce destinée à l’automobile, qui va équiper les réservoirs de carburant, donc c’est un élément de sécurité », explique Yvan Audouard, directeur de Francia (Bellignat – Ain). Une pièce en plastique issue du pétrole, dont le cours s’envole, entraîne, selon lui, une hausse des coûts d’achat de ces matières premières pouvant atteindre 30 %. « Du jour au lendemain. Si, en moyenne, sur un mois, on observe une augmentation moyenne de 250 euros par tonne, et que l’on produit environ 800 tonnes par an, cela signifie qu’il faut absolument répercuter 200 000 euros », précise-t-il.
En sous-traitance, l’usine de 75 salariés tourne en flux tendu en 3×8 et conserve un stock d’un mois. Outre la montée des tarifs, le responsable redoute aussi des difficultés d’approvisionnement similaires à celles vécues au début de la guerre en Ukraine. « Quand vous passez une commande, on vous répondra que le prix et le délai vous seront confirmés au moment où la marchandise sera livrée. Vous commandez 10 tonnes, vous pouvez en recevoir 5; elle peut avoir augmenté de 50 %, et vous pouvez être livré trois mois après ce que vous aviez demandé », affirme Yvan Audouard.
Le plastique recyclé comme alternative ?
Dans une autre usine de l’Ain, à Saint-Vulbas, les dernières livraisons de matières premières remontent à janvier. « Les stocks sont pleins, les 18 silos de 120 tonnes sont pleins, donc juste à temps », souligne Fabrice Bachelier, directeur général d’Utz France. La capacité de production est assurée pour trois à quatre mois, mais le dirigeant s’attend tout de même à subir les répercussions de la guerre en Iran. « Il va falloir qu’on anticipe nos commandes pour l’été. Et en l’occurrence, oui, il y aura un coût plus élevé et des tarifs que nous allons devoir augmenter sur nos produits très, très rapidement. »
Les produits concernés, des bacs, des palettes, sont vendus dans le cadre de contrats qu’il faudra parfois renégocier. D’autant que les effets de la crise pourraient durer, selon Fabrice Bachelier : « Le constat est le même que celui que l’on observe à la pompe à essence. Les coûts augmentent très, très vite et, d’un coup, les coûts retombent. Mais le laps de temps nécessaire pour que ces coûts reviennent à des niveaux normaux sera, comme lors de la précédente crise, d’environ 18 mois. »
Sans oublier que les coûts de transport pourraient eux aussi s’envoler. Comme à l’occasion de chaque crise, certains salariés de la vallée du plastique s’interrogent. « On a un peu peur de perdre notre poste, que cela vienne impacter notre travail », avoue une employée. « On risque peut-être d’avoir moins de travail. Donc cela aussi, cela peut faire un peu peur à ce niveau-là », ajoute-t‑une autre.
À terme, le recours au plastique recyclé, traditionnellement plus cher, pourrait constituer une alternative. Toutefois, son usage demeure limité, voire interdit dans certains secteurs, comme celui du médical, par exemple.







