Agnès Pannier-Runacher, députée EPR du Pas-de-Calais et ancienne ministre en charge de la Transition écologique, était l’invitée de l’émission « Tout est politique » sur 42mag.fr, mardi 24 mars. Elle est revenue sur la hausse des prix du carburant.
Note : ce passage reprend une portion de la retranscription de l’entretien cité ci-dessus. Pour visionner l’entretien dans son intégralité, cliquez sur la vidéo.
Le conflit au Moyen-Orient déclenche une nouvelle onde de choc pétrolière qui pourrait peser sur la dynamique de croissance en France, c’est l’analyse faite aujourd’hui par le ministre de l’Économie, Roland Lescure. Partagez-vous ce même pessimisme et cette inquiétude ?
Quoi qu’il en soit, il me paraît fondamental d’exprimer une vérité sans détour. Nous faisons face à une dépendance totale vis-à-vis des énergies fossiles, et c’est pourquoi, ces dernières années, j’ai œuvré pour accélérer l’électrification et poursuivre le développement de l’électricité, ce qui a été mis en œuvre. Toutefois, lorsque les prix s’emballent et que nous ne sommes pas producteurs, nous demeurons tributaires des autres. Cette dépendance se répercute directement sur notre économie, et le pétrole est, après tout, le carburant qui alimente chaque véhicule qui permet à chacun de se rendre au travail. Cela recouvre aussi l’ensemble des coûts logistiques et des matières premières qui se déplacent et s’importent. Cette chaîne peut se diffuser dans l’économie et entraîner une hausse des prix. C’est le risque que le ministre de l’Économie anticipe, en précisant toutefois que tout dépendra de la durée de la crise.
La France est-elle aussi exposée que certains voisins européens, ou est-elle mieux préparée ?
La France a eu la chance d’accélérer sa décarbonation ces dernières années, ce qui fait qu’un million de ménages qui ont été aidés pour passer à la voiture électrique, aujourd’hui, n’est évidemment pas touché par cette crise. Ceux qui ont bénéficié de rénovations thermiques et qui ont vu leurs factures, notamment de gaz ou de fioul — donc du pétrole — diminuer, sont beaucoup moins vulnérables face à cette crise. Cependant, aujourd’hui, nous comptons 30 millions de ménages et tous n’ont pas eu cette chance d’être basés sur des énergies produites en France et maîtrisées par nos propres chaînes de production.
Est-il possible d’affirmer qu’on ne peut rien faire, qu’il faut simplement prier pour que tout se termine rapidement parce que les finances sont vides ? Cette position est-elle entendable ?
J’ai été ministre de l’Énergie au moment où a été annoncée une mesure sur le carburant qui s’appliquait à tout le monde, quels que soient le secteur d’activité et la situation financière. Ce n’est même pas une question d’argent : pour moi, ce n’est clairement pas une bonne mesure. Je m’explique. Cette mesure a poussé de nombreux frontaliers, vivant hors des frontières, à venir faire leur plein en France. Elle a aussi attiré de nombreux transporteurs étrangers.
Des pays comme la Hongrie ont plafonné le prix des carburants.
Déjà, nous ne sommes pas Viktor Orbán, et sur le plan pratique, il n’est pas certain que ce soit pleinement réalisable. Ce que je dis aujourd’hui, c’est que la crise a débuté il y a seulement trois semaines, ce qui laisse encore une marge de manœuvre limitée. On voit clairement que certains secteurs souffrent : l’agriculture, les transporteurs, les pêcheurs, pour ne citer qu’eux. Les transporteurs se retrouvent face à une situation identique : aucun ne bénéficie d’un carburant moins cher que les autres, et, par conséquent, leur façon d’absorber le choc consiste à essayer de le répercuter dans leurs tarifs, ce qui contribue modestement à l’inflation. Mais il faut que cela puisse tenir dans le temps.
Pour ce qui est des agriculteurs et des pêcheurs, il n’existe pas d’autre option que d’absorber directement le choc. Il est probable — et je comprends que le gouvernement envisage cela — que des mesures ciblées soient mises en place, en disant : « lorsque votre modèle économique dépend entièrement du carburant et que vous n’avez pas la possibilité de répercuter vos prix, nous veillerons à vous aider à passer ce cap ».
S’agissant des particuliers, là aussi, le rôle des pouvoirs publics est crucial, mais une mesure universelle qui profite à tout le monde — que ce soit pour partir en week-end avec une voiture puissante, pour les trajets matin et soir, ou pour l’infirmière qui doit effectuer une série de visites rurales — ne convient pas à toutes les situations. Il faut le déclarer clairement. Et, rétrospectivement, cette mesure générale mise en place il y a trois ans n’était pas bien pensée selon moi. Je l’ai vécue comme ministre avec un sentiment mitigé ensuite.
C’est rare d’entendre un élu ou une élue exprimer cela avec tant de clarté. Vous dites qu’il aurait mieux valu ne pas instaurer ce chèque carburant.
Non, ce n’était pas le chèque carburant, mais la ristourne de 15 centimes à la pompe, si vous vous souvenez bien. Puis nous avons instauré un chèque carburant. On a eu tort d’appliquer une ristourne de 15 centimes à tout le monde. Cette ristourne, qui bénéficiait largement aux habitants résidant hors de l’Hexagone, a coûté environ 9 milliards d’euros.
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