Philippe Juvin, député affilié aux Républicains, était l’invité politique de la Matinale de Franceinfo. Il expose son analyse des élections municipales en France et des enjeux auxquels son parti est confronté.
Ce texte représente une portion de la transcription de l’entretien ci-dessus. Activez la vidéo pour suivre l’intégralité de l’interview.
Alix Bouilhaguet : Bonjour Philippe Juvin. Nous allons entrer dans le détail des résultats et des accords possibles autour des municipales, mais commençons par une remarque. Dimanche 15 mars, Les Républicains ont pris la tête dans 133 villes de plus de 3 500 habitants. Comment interprétez-vous ce premier tour ?
Philippe Juvin : Pour Les Républicains, c’est une réussite. Concrètement, LR s’est imposé comme une force locale notable. Nous gouvernons la majorité des villes en France. C’est quelque chose qu’il faut garder en tête. Cela n’annule en rien le débat sur notre poids national, qui est une autre question. Mais sur le plan objectif, c’est bien une réussite : les municipales, dans l’ensemble, constituent un succès pour LR.
Alix Bouilhaguet : Bruno Retailleau visait à maintenir ses bastions et à en gagner d’autres. Je vais donc examiner les résultats par ville. À Paris, c’est très serré et les résultats de Rachida Dati (LR) au premier tour sont décevants. Qu’est-ce qui a manqué dans cette campagne ?
Philippe Juvin : Écoutez, il faut d’abord reconnaître une réalité: les Républicains sont présents dans une grande majorité de villes en France, à l’exception notable des grandes métropoles.
Alix Bouilhaguet : Votre plus grande ville, si je ne me trompe pas, serait Nîmes (Gard), qui compte environ 150 000 habitants. Elle s’est retrouvée divisée au premier tour entre la droite avant que les listes ne fusionnent ensuite. Mais il subsiste un léger risque pour dimanche prochain.
Philippe Juvin : D’autres grandes villes entrent en jeu. Par exemple Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine est une métropole importante que nous souhaitons conserver, même si nous n’atteignons pas le second tour dans certaines zones. Cependant, cela demande une réflexion sérieuse de notre part, à droite comme au centre: face aux métropoles, nous semblons affaiblis. Pourquoi ? Probablement parce qu’une part de la population porte des attentes précises auxquelles nous ne répondons pas encore. Il faut donc engager une réflexion adaptée pour les grandes agglomérations.
Alix Bouilhaguet : Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?
Philippe Juvin : Par exemple, les habitants des zones métropolitaines portent des préoccupations marquées sur les transports, le développement durable et le climat. Et c’est probablement là que la droite et le centre sont les plus en difficulté.
Alix Bouilhaguet : En ce qui concerne Rachida Dati, une sorte de page blanche s’ouvre pour le second tour. Le retrait de Sarah Knafo (Reconquête) et l’alliance avec la liste du candidat Horizon-Renaissance, Pierre-Yves Bournazel, ont eu lieu. Mais ce dernier n’a pas accepté de figurer sur la liste. Est-ce que cela peut être interprété comme un signal indiquant aux électeurs de ne pas voter Dati ?
Philippe Juvin : Non, je ne pense pas que Pierre-Yves Bournazel cherchait à devenir maire de Paris. Il a compris qu’il ne serait pas élu et il s’est entièrement bien comporté en proposant une entente à Dati. Donc, Dati apparaît en bonne position pour l’emporter, à condition d’une mobilisation suffisante. La vraie question pour les Parisiens, c’est de savoir s’ils veulent continuer avec l’équipe actuelle et sa gestion budgétaire, ou s’ils souhaitent tenter une expérience nouvelle avec une droite plus traditionnelle. Je crois que c’est le moment pour Paris de changer d’époque.
Alix Bouilhaguet : Quand vous écoutez Jordan Bardella appeler à voter pour Dati et que vous constatez que Sarah Knafo se retire pour elle, est-ce que cela ne place pas Dati, en pratique, comme la candidate de l’extrême droite ?
Philippe Juvin : Vous savez très bien que tout cela ne tient pas. L’extrême droite se présente systématiquement contre les Républicains partout. Pour ce qui concerne des alliances supposées que vous évoquez, ce n’est pas une preuve solide. Il n’existe pas d’alliance entre LR et RN, et pas de coordination nationale à grande échelle. Il y a deux, peut-être trois exemples isolés où certains se sont arrangés localement. À Reims (Marne) et à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), il existe des ententes locales, mais elles ne pèsent pas au niveau national. Il y a environ 36 000 communes en France, et il n’y a pas d’alliance LR-RN généralisée. Le RN a été opposé à LR dans bien des endroits. Pour ma part, j’ai été élu au premier tour dans une ville de 30 000 habitants avec un candidat RN en lice. Donc non, il n’y a pas d’alliance. On est loin d’un accord entre le PS et LFI, qui semble presque devenir la norme ailleurs. Et c’est ce qui surprend.
Alix Bouilhaguet : Cela vous a-t-il surpris ?
Philippe Juvin : Oui, vraiment, car le PS avait affirmé qu’il n’accepterait jamais d’alliance avec LFI. Or, globalement, la règle montre qu’ils s’allient plutôt que de rester isolés. L’exemple de Catherine Trautmann à Strasbourg (Bas-Rhin), qui affirme ne pas vouloir s’allier avec LFI, est souvent regardé avec étonnement.
Alix Bouilhaguet : Elle a été exclue du Parti socialiste après avoir fait alliance avec un candidat de Horizon.
Philippe Juvin : Oui, avec un candidat centriste. D’ailleurs, il faut se demander pourquoi le candidat centriste n’avait pas lui-même conclu une alliance avec le candidat LR. C’est un point qui manque de clarté à mes yeux. Cela peut apparaître comme une entaille dans l’accord du bloc central regroupant LR, les macronistes, Horizon et l’UDI. Il existe une tension sur ce point précis. Mais, globalement, il faut bien comprendre une chose: on assiste à une gauche qui, à des titres divers, est prête à des alliances. Le Parti socialiste, se donnant des airs de vertu, a noué des accords quasi systématiques avec la LFI. On peut citer des exemples à Clichy, Colombes, Toulouse et Limoges, où des ententes avec LFI ne passent pas toujours.







