Le jeudi 19 mars 2026, Luc Gras, expert en sciences politiques, était l’invité de la Matinale sur France Info. Au cours de son intervention, il a évoqué les élections municipales qui se déroulent actuellement en France et a examiné la notion de Front républicain.
Cette section reproduit une portion de la retranscription de l’entretien évoqué ci-dessus. Pour visionner l’intégralité de l’interview, cliquez sur la vidéo.
Djamel Mazi : Bonjour, Luc Gras, et merci de nous accompagner sur Franceinfo. Vous êtes politologue et vous restez avec nous, aux côtés d’Alix Bouilhaguet et de Jean-Mathieu Pernin, nos éditorialistes. Pour commencer, Alix, le Rassemblement national (RN) pourrait bien amplifier sa progression lors du second tour des municipales ce dimanche 22 mars.
Alix Bouilhaguet : Effectivement, le premier tour a surpris et s’annonce favorable pour le second, avec cette influence croissante du Front républicain qui perd de son efficacité. Bien sûr, l’actualité revient surtout sur Marseille dans les Bouches-du-Rhône. Le contre-exemple est connu, puisque le Front républicain a fonctionné lorsque l’insoumis Sébastien Delogu s’est retiré au profit de Benoît Payan, le maire de gauche sortant, afin d’éviter que la ville ne bascule vers le RN. Mais derrière cet exemple marquant, d’autres cas démontrent l’inverse, notamment Nice (Alpes-Maritimes), où le Front républicain n’arrive plus à jouer son rôle: la candidate écologiste arrivée troisième au premier tour ne retire pas sa candidature, alors même que la ville pourrait être conquise par Éric Ciotti (ancien UDR), aujourd’hui allié à Marine Le Pen. Et c’est là tout l’enjeu: ce phénomène n’est pas isolé à Nice, mais se manifeste dans une douzaine d’autres villes françaises, et pas des moindres — Carpentras (Vaucluse), Carcassonne (Aude), Cavaillon (Vaucluse), Tarbes (Hautes-Pyrénées), Vierzon (Centre-Val de Loire) — où l’on observe qu’il n’y a plus ce réflexe du Front républicain.
Djamel Mazi : Luc Gras, comment expliquer justement qu’il n’y a plus ce réflexe du Front républicain, parce que jusqu’à présent on avait l’habitude, quel que soit le scrutin, localement, on avait l’habitude de ces retraits. Pourquoi aujourd’hui ce n’est plus si évident, systématique ?
Luc Gras : Cela résulte surtout d’un travail de longue haleine, une dédiabolisation menée par Marine Le Pen; et l’on peut constater que les digues, une à une, cèdent, car les Français, portés par un mélange de lassitude et de colère, se tournent progressivement vers l’abstention. Il faut rappeler et souligner que la participation aux municipales est particulièrement faible. En dehors de l’année 2020, marquée par la pandémie, la participation tourne autour de 57,1 %, ce qui est très faible pour ce type d’élections. On assiste ainsi à une sorte de fragmentation de l’opinion publique, un « archipel » souvent évoqué en sciences politiques. Par ailleurs, le frein anti-RN semble se fragiliser, avec Nice et Carcassonne comme exemples frappants: les forces opposées au RN n’arrivent pas à former une coalition efficace pour bloquer son avance. Et inversement, on ne voit pas non plus de barrage contre LFI, qui a été pointée du doigt sur des questions d’antisémitisme, entre autres. En somme, tout semble se déliter.
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