Invité sur le plateau du « 13 Heures » ce vendredi 20 mars, Emmanuel Grégoire — candidat commun du PS, des Écologistes et du PCF à la mairie de Paris — fait le point sur les derniers jours de la campagne. À l’approche du second tour, il souligne la dynamique de force très serrée qui l’oppose à Rachida Dati, rappelle les enjeux du scrutin et évoque les tensions politiques qui ont marqué l’entre-deux-tours.
Cette transcription présente un extrait de l’entretien qui précède. Pour voir l’intégralité de l’échange, lancez la vidéo.
Julian Bugier : Pour débuter, un mot sur les derniers sondages. Le chiffre publié aujourd’hui vous donne à égalité avec Rachida Dati, à une voix près, soit une marge d’erreur plausible. On évoque une élection qui pourrait se jouer sur quelques milliers de suffrages, avec une dynamique qui semblerait plutôt en sa faveur. Ressentez-vous une inquiétude quant à une éventuelle défaite ?
Emmanuel Grégoire : D’abord, nous parlons de démocratie. Il ne faut jamais appréhender le fait de perdre, surtout lorsque l’on estime avoir accompli ce que l’on s’était fixé comme objectif. Je tiens toutefois à insister sur la gravité du moment et sur l’enjeu lié au système de vote en vigueur. Dimanche, le mécanisme est clair : celui qui obtient le plus grand nombre de voix l’emporte. Il n’existe aucune logique proportionnelle. Le candidat en tête bénéficie d’une prime de 25 %, ce qui assure à sa liste la conquête de la mairie de Paris.
Chaque suffrage qui manquerait à la liste de la gauche reviendrait, en réalité, à favoriser Rachida Dati. C’est un enjeu fondamental. Au premier tour, il existe des choix, des compétitions, des sensibilités diverses. Mais au second tour, il s’agit de désigner un maire et une équipe. Ainsi, aucune voix ne doit faire défaut dimanche afin de fortifier l’union de la gauche et des écologistes.
Justement, Emmanuel Grégoire, regrettez-vous aujourd’hui de ne pas avoir scellé une alliance avec LFI et Sophia Chikirou, comme cela a été réalisé dans d’autres villes de France entre le Parti socialiste et La France insoumise ?
Concernant Paris, comme je l’ai toujours affirmé, je tiens parole. Et je pense qu’on ne peut jamais regretter d’avoir été fidèle à ses principes. Je crois que les Parisiens sauront reconnaître cette cohérence dimanche. Je ne nourris donc aucun regret. Je me bats pour gagner, et ce sont les électeurs qui décideront.
Notre programme est un programme de gauche, axé sur une transformation sociale et écologique de la ville. Dès le premier tour, nous avons réussi à construire l’union la plus large possible, ce qui nous a donné une dynamique importante. C’est au nom de cette union et de cette cohérence que nous avons respecté les engagements pris avant le premier tour, en maintenant la même liste pour le second tour. Et à cet égard, je suis le seul à l’avoir fait.
Pardon, mais j’insiste encore sur ce point, afin d’éclairer les choses. Vous dites aussi comprendre les alliances conclues dans plusieurs villes entre socialistes et insoumis. Les comprenez-vous vraiment ?
Non, je ne dis pas les comprendre pleinement. Je dis simplement que cela ne me concerne pas. Je suis candidat à la mairie de Paris, et je me concentre sur Paris. Je ne me permettrai donc pas de juger des situations locales qui me sont moins familières.
J’essaie de comprendre votre ligne politique, car de nombreux élus, y compris dans votre propre camp, parlent d’« accords de la honte ».
La vraie honte, c’est que pour la première fois, la droite parisienne n’a pratiquement aucune chance de l’emporter sans le soutien de l’extrême droite. Dans le comité de soutien de Mme Dati figurent désormais Sarah Knafo, Jordan Bardella et, depuis hier, Marine Le Pen.
Évidemment, Mme Dati ne peut espérer gagner sans ce soutien. Et je le dis avec gravité : une alternance politique reposant sur le recours à l’extrême droite n’est pas une alternative véritable, mais une forme de capitulation par rapport aux valeurs historiques de la droite parisienne, qui reposaient sur une barrière nette et sans ambiguïté vis-à-vis de l’extrême droite. Rachida Dati porte, à cet égard, une responsabilité historique.
Pour revenir à la violence des derniers jours, l’un de vos proches soutiens, David Belliard, également élu à la mairie, a publié sur les réseaux sociaux : « Si Rachida Dati est élue, on aura la maire la plus raciste de l’histoire récente. » Ce sont des propos particulièrement graves. Les partagez-vous ?
Il visait sans doute certaines figures présentes sur la liste de Mme Dati. Mais lorsqu’on est tête de liste, on assume l’ensemble des propos et des engagements de ses colistiers. Sur cette liste, quelques personnes ont tenu des propos inacceptables, comme comparer les musulmans à des chiens. D’autres ont soutenu en 2022 la candidature d’Éric Zemmour à l’élection présidentielle. Ce sont des éléments que Mme Dati doit clarifier et répondre.
Lorsqu’elle évoque une proximité avec Sarah Knafo, ou lorsqu’elle ne précise pas clairement sa position vis-à-vis des voix de l’extrême droite, elle engage sa responsabilité politique. On ne peut pas prétendre diriger Paris en s’appuyant sur de tels soutiens.
Jacques Chirac, par exemple, n’aurait jamais accepté d’être élu avec le soutien de Jean-Marie Le Pen. C’est précisément ce dont il est question aujourd’hui. Dimanche, les électeurs auront un choix clair à faire : entre la liste de Rachida Dati et la mienne, soutenue par une coalition de gauche et d’écologistes.
Cette transcription présente un extrait de l’entretien ci-dessus. Pour regarder l’intégralité de l’interview, cliquez sur la vidéo.







