À l’approche du deuxième tour, les candidats s’activent pour persuader les électeurs, alors que l’issue du scrutin demeure incertaine.
Quatre jours avant le second tour des municipales, la tension s’annonce palpable dans plusieurs grandes villes françaises. À Paris, les trois candidats encore en lice se sont mesurés sur BFMTV. Ce débat pouvait-il modifier la donne ? Au premier abord, peu probable. Il faut rester prudent, mais l’échange s’est surtout joué sur le bruit et les échanges durs. C’était une cacophonie, un débat largement inaudible, marqué par une agressivité prononcée.
Une petite mention pour Rachida Dati : on connaît sa capacité à dérouler de longues tirades sans pauses et sans répondre précisément aux questions, et l’animatrice a d’ailleurs montré son agacement à plusieurs reprises.
Échange en miroir autour d’Emmanuel Grégoire
En réalité, ce qui ressort du débat, c’est un véritable tir croisé visant une seule cible, Emmanuel Grégoire, et une complicité apparente entre Rachida Dati et Sophia Chikirou.
Sophia Chikirou a dirigé la plupart de ses attaques contre Grégoire, et on constate que, sur les thèmes du logement, de la propreté et de la sécurité, Emmanuel Grégoire est jugé coupable par ces deux candidates.
Et il y avait aussi un autre élément marquant : en fin de campagne, une impression de promesses « à la carte », avec des annonces qui semblaient quelque peu improvisées comme la réduction de tous les tarifs de stationnement ou la gratuité pour les deux-roues. Quelle conséquence budgétaire pour la ville ? Aucune réponse donnée. De plus, une baisse de la taxe foncière est évoquée, portée par Sarah Knafo qui souhaite la diviser par deux, mais Dati n’a pas précisé l’ampleur exacte.
Des promesses en abondance, comme s’il en pleuvait: 8000 caméras et 125 millions d’euros d’après Emmanuel Grégoire, chiffre contesté par Rachida Dati. Puis des engagements extrêmement ambitieux, tel que l’objectif de « chasser l’insécurité de la ville de Paris », promesse portée par Dati. On peut douter, compte tenu des moyens disponibles, de la faisabilité pour un maire de tenir une telle promesse, mais les fins de campagne ressemblent souvent à des soldes tardifs.
À Marseille: mobilisation et abstention dans les quartiers populaires
À Marseille, la question est de savoir si les quartiers nord vont se mobiliser. LFI avait plutôt réussi ce pari avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2022 lors de l’élection présidentielle; là, c’est frappant : dans les quartiers les plus populaires, notamment les quartiers nord, l’abstention oscille entre 61, 63 et 64 %. Près de deux électeurs sur trois n’ont pas participé au vote, alors que le taux moyen de la ville est légèrement inférieur.
À l’inverse, on observe un différentiel de participation d’environ 25 points entre les quartiers les plus aisés et ceux les plus modestes de Marseille. Donc, un sursaut de mobilisation d’un tour à l’autre demeure la carte secrète sur laquelle comptent les candidats arrivés en deuxième position.
Pour le candidat arrivé deuxième, Franck Allisio du RN, le problème est qu’il obtient des résultats plutôt décevants dans ces quartiers populaires, lesquels penchent généralement à gauche. En règle générale, lorsqu’un sursaut de mobilisation survient entre les tours, il se répartit plutôt équitablement et il y a souvent une légère avance pour le candidat arrivé en tête au premier tour, c’est-à-dire le maire sortant Benoît Payan.
Il existe toutefois une exception qui peut provoquer des sursauts spectaculaires d’un tour à l’autre. Et cela ne signifie pas nécessairement une bonne nouvelle pour le candidat RN Franck Allisio: c’est le fameux front républicain qui se met en place lorsque l’extrême droite est en jeu.
À Lyon: Aulas sur la défense
À Lyon, on s’interroge sur l’éventualité d’un débat entre le maire sortant Grégory Doucet, en tête au premier tour, et son adversaire Jean-Michel Aulas. Mais il est difficile de l’imaginer tant Aulas refuse d’y participer. Cela peut surprendre, car, en principe, le débat entre les tours profite au challenger qui a un intérêt à le réclamer.
C’est donc lui, finalement, qui aurait besoin de ce débat pour dénoncer ce qu’il appelle l’« accord de la honte » entre le maire sortant et les Insoumis. On sait aussi que Jean-Michel Aulas garde un souvenir amer du débat d’avant le premier tour, fin février, où il avait manqué de répartie et paraissait baloté.
Cela illustre aussi les limites des candidats issus de la société civile, peu habitués à ce type d’exercice extrêmement complexe. Un débat télévisé à enjeu fort n’est pas le sport qui était jusqu’ici pratiqué par l’ancien boss de l’OL.
Dernier point: Grégory Doucet a toutefois annoncé que les Insoumis avec lesquels il a fusionné siègeront probablement dans l’opposition municipale. Cette fusion dite « technique », qui permet de s’accorder avec des alliés pour gagner tout en n’étant pratiquement pas d’accord sur le fond, peut sonner comme problématique pour la gestion future de la ville si Doucet l’emporte, et ressemble aussi à une manœuvre politicienne.







