À Paris, Emmanuel Grégoire privilégie le vote utile, répondant au soutien inédit de l’extrême droite en faveur de Rachida Dati. À Marseille et à Lyon, des alliances fragiles et des désistements modifient les interprétations des résultats du premier tour. Franck Allisio, candidat du RN, accuse notamment le maire sortant de Marseille, Benoît Payan, d’avoir engagé des négociations avec Jean-Luc Mélenchon.
Comme chaque jour, avant le second tour des élections municipales, programmé pour ce dimanche 22 mars, 42mag.fr propose un décryptage de la campagne autour de trois terrains sensibles : Paris, Marseille et Lyon. Bonjour Renaud Dély. Bonjour Renaud.
À Paris, Marine Le Pen appelle à bloquer le candidat socialiste Emmanuel Grégoire, qui réplique en accusant Rachida Dati de connivence avec l’extrême droite. Mettre en lumière le « risque Dati », c’est-à-dire la stratégie consistant à la pousser vers le camp le plus droit, pourrait-il susciter un vote utile en faveur d’Emmanuel Grégoire ? Si le candidat socialiste veut s’en sortir, c’est sa principale bouée de sauvetage. Il doit persuader un nombre suffisant d’électeurs de La France insoumise de le soutenir afin d’empêcher la droite de gagner. Grégoire a dénoncé une connivence supposée entre Rachida Dati et des figures d’extrême droite, et même une éventuelle intervention d’Emmanuel Macron pour faciliter le retrait de Sarah Knafo. Macron a démenti jeudi, mais force est de constater que Marine Le Pen appelle à barrer la gauche, ce qui est pratiquement inédit.
Marine Le Pen rompt avec le traditionnel « ni droite ni gauche », ce qui reste rare, même si elle l’avait déjà fait en 2020, en faveur une fois encore de Rachida Dati. Jordan Bardella a aussi exhorté à voter pour Dati. L’ancienne ministre de la Culture parvient clairement à rassembler les soutiens d’Emmanuel Macron et d’Éric Zemmour.
Emmanuel Grégoire exploite ce cadre pour mobiliser notamment les électeurs de la France insoumise, car la bataille n’est pas jouée. Lors du premier tour, il bénéficiait d’une avance d’une douzaine de points, mais un sondage IFOP publié jeudi ne lui accorde plus que deux points d’avance, notamment parce que Sophia Chikirou se maintient à 10 %. Environ 25 ans après avoir perdu la mairie, la droite a une chance de reconquérir Paris. Cette élection pourrait aussi dessiner l’image de la droite et la fameuse union des droites à l’aube de la présidentielle si Rachida Dati l’emporte dimanche.
Marseille et Lyon : configurations politiques tendues et alliances fragiles
À Marseille, le débat entre le candidat du Rassemblement national Franck Allisio et le représentant de la gauche Benoît Payan s’est tenu jeudi soir sur France 2. Alors que le candidat de La France Insoumise Sébastien Delogu s’est désisté, le RN accuse Payan d’avoir négocié avec Jean-Luc Mélenchon pour amener cette configuration. Dans la cité phocéenne, la situation est inverse de celle de Paris, puisque Delogu s’est retiré faute d’alternative. Resté en lice, auraient remporté les défis aurait laissé le risque d’un accès de l’extrême droite à la mairie. Benoît Payan n’avait qu’un point d’avance au premier tour, et le duel prévu s’annonçait particulièrement serré. Concrètement, Martine Vassal, candidatinge de droite soutenue par les macronistes, en se maintenant, pourrait gêner davantage Franck Allisio que Payan, qui a affiché jeudi lors du débat une posture davantage centrée sur l’unité. Quant aux accusations d’un pacte secret entre Payan et Mélenchon, elles manquent de crédibilité au regard du comportement de Sébastien Delogu tout au long de la campagne. Il n’y aura pas d’élu LFI au conseil municipal, car Delogu s’est retiré.
À Lyon, jeudi soir, Jean-Michel Aulas était dans son élément puisqu’il suivait le match OL-Celta Vigo dans une brasserie devant l’hôtel de ville, lors du huitième de finale de la Ligue Europa, et a vu l’élimination des Lyonnais. Pendant ce temps, son adversaire Grégory Doucet affirme que LFI ne fera pas partie de sa majorité, même si des candidats LFI figurent sur sa liste. Pourra-t-il gouverner sans eux ? Sur le papier, mathématiquement oui. Il a intégré neuf candidats LFI, dont sept en position éligible, sur un total de 73 candidats. S’il obtient entre 45 et 46 élu(e)s, il peut théoriquement gouverner sans eux.
C’est pourquoi il répète qu’il mettra en œuvre son programme et que les insoumis n’occuperont pas les commandes. Ses propos donnent toutefois une touche théâtrale à cette union, comme s’il n’en assumait pas pleinement la portée. Doucet cherche à déminer les critiques d’Aulas, mais il s’agit d’une fusion dite « technique » : on s’assemble sur la même liste pour gagner, puis chacun retrouve sa liberté ensuite. Il n’est pas sûr que cela suffise à rassurer l’électorat. Autre difficulté : comment gérer durablement la ville si l’équipe est aussi fracturée et que les désaccords avec les insoumis sont profonds ? C’est un peu comme un « couple libre »: séduisant sur le papier, mais souvent complexe à mettre en pratique.







