Le chef de l’État est visé par l’accusation d’Emmanuel Grégoire, candidat socialiste parisien, selon laquelle il aurait interféré pour faire retirer Sarah Knafo du parti Reconquête.
Le sujet fait-il intervenir Emmanuel Macron dans l’entre-deux tours des municipales à Paris ? Emmanuel Grégoire a accusé, jeudi 19 mars, le président de la République d’avoir œuvré en coulisses pour favoriser le retrait de la liste conduite par Sarah Knafo, dans l’espoir de porter l’éventuelle victoire de Rachida Dati. Des propos que le chef de l’État a vivement contestés, estimant que le candidat de l’administration municipale sortante se rendait coupable d’un déshonneur face à ces accusations. L’accusation a été réaffirmée vendredi matin par le candidat de la gauche hors LFI. Franceinfo résume cette polémique qui agite la campagne parisienne à l’approche du second tour.
Emmanuel Grégoire accuse Emmanuel Macron
Le récit se joue dans le cadre du 8h30 42mag.fr, où Emmanuel Grégoire est invité au lendemain de son duel de l’entre-deux tours, marqué par des échanges avec la candidate insoumise Sophia Chikirou et la représentante de la droite et du centre, Rachida Dati. Dans le viseur du candidat socialiste, arrivé en tête du premier tour avec près de 38 % des suffrages, la décision de Sarah Knafo, ancienne eurodéputée d’extrême droite, de retirer sa liste et d’appeler ses électeurs à « faire battre la gauche » à Paris dimanche.
Mais Emmanuel Grégoire vise le président de la République : « Emmanuel Macron est personnellement intervenu […] auprès d’intermédiaires, auprès de personnes qui ont historiquement soutenu Reconquête. Et je tiens à le dire, c’est une faute morale immense, tout est bon pour gagner, y compris les plus grandes forfaitures morales. »
Démenti rapide de l’Elysée et d’Emmanuel Macron lui-même
Sans attendre, l’Elysée affirme qu’Emmanuel Macron n’a pas décroché son téléphone pour négocier le retrait de la candidate d’extrême droite. Tout cela serait « du mensonge indigne et calomnieux », « du dérapage », selon l’entourage présidentiel, qui indique à 42mag.fr que les propos d’Emmanuel Grégoire constituent « des accusations graves » et « totalement fausses ».
Dans sa déclaration à 42mag.fr, le candidat socialiste, arrivé en tête au premier tour, ne cite aucun nom ni ne présente aucune preuve. À Bruxelles, lors de son arrivée au conseil européen, Emmanuel Macron répond brièvement : « Ces propos n’ont aucun sens, ils déshonorent celui qui les tient de manière aussi péremptoire, car ce n’est pas sérieux. Je ne connais pas Mme Knafo personnellement et je ne m’immisce pas du tout dans ces municipales. J’ai largement autre chose à faire, tout cela est strictement faux et ce n’est pas à la hauteur. »
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Emmanuel Macron a mieux à faire, privilégier son agenda sur la scène internationale. Pour autant, il faut rappeler qu’il a téléphoné à Edouard Philippe après le premier tour pour évoquer le retrait de Pierre-Yves Bournazel, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il aurait négocié celui de Sarah Knafo. Il a aussi critiqué mercredi, lors du conseil des ministres, les arrangements entre partis et réaffirmé que les alliances avec les extrêmes constituent des pratiques dangereuses.
Rachida Dati et Sarah Knafo démentent et ciblent le candidat socialiste
Un nouvel épisode d’une campagne souvent au bord de l’insulte. En déplacement en milieu de journée, Rachida Dati réagit vivement et fustige aussitôt la nervosité de son adversaire, selon elle en déroute et prêt à tout pour éviter la défaite. « Quand on perd pied, on dit n’importe quoi. Tout n’est pas permis. Cette campagne de la part d’Emmanuel Grégoire est outrancière, insultante, caricaturale. Il faut un peu de dignité aussi dans tout cela », critique l’ancienne ministre.
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De son côté, Sarah Knafo, interrogée par BFMTV-RMC, affirme que tout ceci relève du mensonge. « Monsieur Grégoire, vous sombrez dans le complotisme », écrit l’ancienne proche de Reconquête sur X, puis elle cible Emmanuel Macron : « Il n’arrive même plus à se faire respecter par ses propres alliés, comment pourrait-il influencer ses opposants ? »
Emmanuel Grégoire persiste et « maintient ses propos »
De son côté, le candidat de la gauche persiste et affirme, vendredi matin sur RTL, que « Rachida est devenue la candidate de l’extrême droite ». Il critique le soutien du chef de l’État envers son ancienne ministre de la Culture, « en la maintenant encore en fonction, malgré son renvoi en correctionnelle pour corruption ». En ce qui concerne l’éventuelle intervention d’Emmanuel Macron, le candidat assure « maintenir ses propos » et affirme tenir l’information de journalistes. « Moi, je ne fais pas de complotisme […] Je ne balance jamais de boules puantes », déclare-t-il.
De son côté, Sarah Knafo, interrogée par BFMTV-RMC, estime que cela s’appelle un mensonge. « Maintenant, il nous dit : ‘c’est ce qu’on m’a dit, c’est ce que j’ai entendu’. Emmanuel Grégoire entend des voix », a réagi l’eurodéputée d’extrême droite. Elle rappelle aussi pourquoi l’alliance avec la liste de l’ex-ministre n’a pas été scellée : « Vous savez pourquoi cela a raté ? J’ai eu Madame Dati au téléphone. Vous savez ce qu’elle m’a dit ? ‘C’est Monsieur Edouard Philippe qui m’en empêche et qui pose un véto’. » L’entourage d’Edouard Philippe assure à 42mag.fr qu’il n’y a « rien de nouveau sous le soleil » et que c’était une condition préalable: Horizons n’aurait pas fusionné avec Rachida Dati en cas d’alliance avec Sarah Knafo.
L’Elysée dément des informations du journal « Le Monde »
La polémique rebondit encore avec un article du journal Le Monde publié vendredi, qui affirme que, selon ses sources, « le locataire de l’Elysée aurait transmis un message à l’homme d’affaires Vincent Bolloré, avec lequel il entretient des relations houleuses : Sarah Knafo, la protégée du milliardaire conservateur breton, doit se retirer ». Des affirmations que les conseillers du président ont rejetées auprès du quotidien, les qualifiant de « mensonge totalement farfelu ».
Mais ce démenti n’a pas suffi. Sur son compte X, l’Elysée critique vertement cette parution : « En République, les rumeurs anonymes et sans preuves ne devraient jamais être présentées comme une information. Comme il l’a lui-même souligné, le chef de l’État n’est en aucune façon intervenu dans le retrait de Mme Knafo du second tour de l’élection municipale à Paris. » Un message que l’Association de la presse présidentielle a ensuite dénoncé sur X : « En République, les journalistes peuvent publier des informations vérifiées et croisées provenant de sources souhaitant rester anonymes, même si tout n’est pas confirmé officiellement. Un démenti ne suffit pas à faire une vérité », rétorque l’association.
Cette saga devrait trouver son épilogue vendredi à minuit avec l’interdiction de propagande électorale. Mais cette affaire laissera-t-elle son empreinte sur le second tour de dimanche ? Difficile à dire, et les derniers sondages se contredisent. Selon Cluster pour Politico, Grégoire obtiendrait une large avance au second tour des municipales avec 48 % des intentions de vote contre 41 % pour la candidate de droite, Rachida Dati. À l’inverse, un sondage Elabe pour BFMTV, Le Figaro et La Tribune Dimanche donne le candidat de la gauche à 45,5 % des voix, soit un point d’avance sur Dati à 44,5 %.








