Le député de La France insoumise, François Piquemal, s’est hissé à la deuxième place lors de la soirée qui a suivi le premier tour. Il nourrit l’ambition de dépasser le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, en comptant sur une alliance avec les socialistes. Le second tour, prévu ce dimanche, s’annonce très disputé et dépendra en grande partie du report des voix des électeurs du PS.
« Bonjour ! Dimanche, on change de maire. » Les militants de La France insoumise intensifient leur poussée, mercredi 18 mars, à quatre jours du second tour des municipales, afin d’inciter les Toulousains à opter pour une alternance avec François Piquemal. « Je me situe à gauche, mais pas nécessairement pro-LFI. L’idée d’une entente ne me donne plus envie de voter à gauche », répond Bianca, 20 ans, qui avait glissé son suffrage en faveur du socialiste François Briançon au premier tour, mais se montre déroutée par la fusion des listes du PS et de LFI.
« Ensuite au niveau local, c’est un programme de justice sociale, on s’est entendus rapidement et l’union est solide », avance Christopher Gil en distribuant des tracts, en fin de matinée, devant le Lidl de la rue de Bayard. Il cherche à recentrer le débat sur les propositions de son candidat : « Nous voulons rétablir des moyens pour les écoles, pour le système social et pour le secteur culturel. »
Le militant LFI est conscient qu’il reste du travail pour convaincre les 25% d’électeurs qui avaient choisi la liste de gauche unie, sans LFI, au premier tour. « Pour moi, je suis de gauche, mais pas vraiment LFI. L’idée d’une union ne me donne plus envie de voter à gauche », explique encore Bianca, qui hésite pour le second tour. « Certes, on a qualifié cela d’extrême gauche [par le ministère de l’Intérieur, décision validée par le Conseil d’Etat], mais chez LFI, on ne se voit pas comme extrême », réplique Christopher Gil, qui finit par convaincre l’étudiante de glisser un bulletin Piquemal dans l’urne dimanche.
« Cette fusion me gêne terriblement »
Le porte-voix est interrompu par les invectives d’une habitante qui passe à bicyclette. « Vous faites de la propagande dans les quartiers populaires. Vous êtes dans les tréfonds du mal », lui lance-t-elle avant de repartir de plus belle. Entre insultes et agressions, la campagne se tend à l’approche du verdict, car la lutte pour le Capitole s’annonce serrée. Le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc a terminé en tête avec 37,23% des voix au premier tour, mais le candidat LFI et ses 27,56% comptent sur le renfort d’une partie des suffrages de la liste d’union de la gauche de Briançon (24,99%).
Une partie seulement. « Cette fusion me gêne profondément. J’avais voté socialiste et je voterai Moudenc au second tour, » confie Pierre, retraité de 68 ans, qui termine ses courses sur le marché du boulevard de Strasbourg, un sac de clémentines dans une main et une botte de poireaux dans l’autre. « Je suis pour l’écoute et le dialogue, et je ne retrouve pas cela chez LFI. »
« Je perçois davantage d’ententes entre Moudenc et Briançon qu’entre Briançon et Piquemal. »
Pierre, électeur socialisteà 42mag.fr
« Je pense qu’il faut une union pour contrer l’extrême droite, mais là, je ne vois pas l’utilité. Je suis assez déçu par le choix formulé par la liste de Briançon », ajoute Florian, un peu plus loin. Le long des étals du marché, la fusion retrouve tout de même des soutiens. « C’est une bonne chose, cela tranche avec les désunions habituelles », avance Annie, qui votera François Piquemal, « pour des raisons écologiques principalement ».
« Ce n’est pas un vote pour ou contre Mélenchon »
Jean-Luc Moudenc a bien saisi l’intérêt de parler aux électeurs indécis du centre et du centre-gauche, réticents envers La France insoumise. Il dénonce depuis quelques jours « une alliance contre-nature, une alliance de la honte » et n’a de cesse d’associer François Piquemal à Jean-Luc Mélenchon. Le maire sortant bénéficie aussi du soutien des organisations patronales du Medef et de la CPME, qui décrient le programme de « décroissance » porté par le député LFI. « Monsieur Piquemal est le visage local de Mélenchon », a encore affirmé le candidat de la droite lors du débat télévisé organisé mercredi sur France 3.
En coulisses, au siège de France 3 Occitanie, les équipes des deux candidats s’échangent des remarques taquines, notamment lorsque François Piquemal relie le maire de Toulouse à des choix budgétaires du pouvoir central. « Vous avez voté le budget, il vous traite de social traître, non ? » lance avec le sourire un soutien de Moudenc envers le socialiste Briançon, qui demeure imperturbable. « Ce débat révèle le choix qui s’offre à Toulouse : un clivage net entre deux conceptions de la ville et deux visions totalement différentes », lâche en aparté le troisième de la liste « Demain Toulouse, la gauche unie », qui aspirerait à diriger la métropole si Piquemal l’emportait. « Les Toulousains savent que l’élection municipale n’est pas un vote contre Jean-Luc Mélenchon. » espère-t-il.
« Jean-Luc Moudenc répète sans cesse ce raisonnement, ce qui démontre l’étroitesse de son programme et de ses propositions. »
François Briançon, colistier de François Piquemalà 42mag.fr
Pourtant, cette figure de référence du PS n’arrive pas à rallier certains de ses colistiers qui n’ont pas suivi l’aventure de la fusion, notamment des partis de centre gauche comme le PRG ou le MRC. « Ma présence était incompatible avec les valeurs défendues par monsieur Piquemal », explique le conseiller régional socialiste Marc Sztulman. Il estime que le candidat LFI n’a pas assez montré sa distance vis-à-vis de certains propos de Jean-Luc Mélenchon sur l’antisémitisme ou sur les attentats de mars 2012 conduits par Mohammed Merah à Toulouse. Lors des cérémonies de jeudi, le député LFI a d’ailleurs été hué et pris à partie par une partie de la foule avec des cris du style « fasciste, antisémite ».
« Il est profondément mobilisé sur les questions du racisme et de l’antisémitisme », assure toutefois François Briançon. « Depuis 2012, je participe pratiquement à toutes les cérémonies liées aux attentats. Je n’ai aucune leçon à recevoir sur ce sujet », réplique François Piquemal lors d’un tractage sur le marché de la Cartoucherie. Le candidat tente une nouvelle fois de mobiliser autour de son programme : « Les Toulousains savent que Moudenc est responsable des coupes dans le financement de la culture, des clubs sportifs et des structures éducatives. »
Le secteur culturel mobilisé
Le candidat espère aussi mobiliser le milieu culturel. « La municipalité dirigée par Moudenc a opéré des coupes drastiques, près de 40% dans les équipements culturels, avertit l’acteur Benjamin Nakach, qui figurait sur la liste LFI avant la fusion. Devant le théâtre du Grand Rond, des pancartes avertissent le public du risque de disparition de ce lieu en raison des choix budgétaires du maire sortant. Cet espace destiné au jeune public est en conflit avec la mairie et craindrait de ne plus être subventionné.
« Autour de nous, de nombreuses structures sont en train de mourir », alerte Eric Vanelle, cofondateur du théâtre, qui figurait sur la liste de François Briançon et qui a choisi l’union. « La Ligue des droits de l’Homme a d’ailleurs rédigé un rapport accablant sur les dérives du dernier mandat en matière d’entraves aux libertés associatives. » De son côté, Jean-Luc Moudenc rappelle que la culture demeure le deuxième poste budgétaire de la ville, avec environ 150 millions d’euros par an. Il met en avant la hausse de la fréquentation de l’opéra, le succès des grandes expositions temporaires et la restauration du patrimoine. Mais les petites structures se sentent délaissées.
« Mon bulletin sera blanc »
En fin de journée, les militants des diverses formations de gauche retournent sur le terrain pour un porte-à-porte dans un quartier populaire près de la station Mermoz. Dans les cages d’escaliers, à l’heure du dîner, les odeurs de cuisine stimulent l’appétit. « On sera là », lance un riverain en récupérant un tract. « Comptez sur moi ! », répond un autre. Mais là aussi, les électeurs restent marqués par l’alliance entre le PS et LFI. « Je suis de gauche depuis des décennies, mais cette fusion avec les insoumis, ça me gêne », explique Anna, 78 ans, qui ouvre sa porte en robe de chambre en s’essuyant les commissures des lèvres.
« Ce qui me dérange, c’est Mélenchon. Il paraît agressif et arrogant. »
Anna, habitante de Toulouseà 42mag.fr
Face à elle, Delphine et Samy, deux militants du collectif Archipel Citoyen, tentent de la convaincre pendant de longues minutes. « Piquemal, ce n’est pas Mélenchon. On le connaît bien. Et Mélenchon, lui, ne se présente pas à Toulouse », insiste Samy, avant de valoriser le programme du candidat LFI, qu’il s’agisse de la gratuité des transports pour les moins de 26 ans ou de l’accès gratuit à la cantine scolaire. Mais Anna demeure ferme. « Au second tour, ces personnes-là ne me séduisent pas et mon bulletin sera blanc », affirme la retraitée.
« L’accueil est plutôt favorable, mais oui, cela peut arriver », réagit toutefois Louise Chamagne, militante LFI, en 30e position sur la liste. « On a vu aussi un électeur de François Piquemal qui envisage de s’abstenir, affirmant qu’il ne votera plus jamais PS. » À Toulouse comme dans d’autres villes françaises, ce sont bien les électeurs qui, lors du vote, valideront ou non les trajectoires politiques envisagées pour l’entre-deux-tours.







