Depuis son élection au premier tour des municipales à Saint-Denis, Bally Bagayoko est la cible d’un grand nombre d’informations trompeuses circulant sur son compte. Le parcours de ces infox, qui s’étend des milieux d’extrême droite jusqu’aux plateaux des émissions télévisées, se déploie selon diverses trajectoires.
Cette affaire a suscité un débat sur CNews, alimenté une question dans une interview sur BFM TV et provoqué une série de tweets de réactions, mais il s’agit en réalité d’une fausse attribution. Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis et élu sous l’étiquette de La France insoumise, avec des listes insoumise et communiste dès le premier tour du scrutin municipal du dimanche 15 mars 2026, a été accusé d’avoir déclaré que Saint-Denis serait désormais la « ville des Noirs ». Or, cette phrase n’a jamais été prononcée par lui.
« La ville des Noirs et du peuple vivant »
Tout a commencé lors d’un entretien en direct sur LCI dimanche soir, peu après l’annonce de sa victoire. Le présentateur, Darius Rochebin, évoque Saint-Denis comme étant « la ville des rois », en faisant référence à la basilique qui abrite la nécropole royale. Le candidat insoumis tente alors d’ajouter que ce serait « la ville des rois et du peuple vivant », mais il se retrouve gêné par le brouhaha et le micro qui coupe mal. Il répète donc, lentement et en insistant : « la ville des rois… la ville des rois… la ville des rois et du peuple vivant ».
Cependant, des internautes ont déformé ses propos, écourtant la séquence et ne diffusant que le début de la vidéo où l’expression qu’il cherche à formuler reste peu intelligible.
Une fausse citation venant de l’extrême droite
Le premier message accusant Bally Bagayoko d’avoir déclaré que Saint-Denis serait la « ville des Noirs » a été publié lundi 16 mars vers 9 heures du matin par Emmanuel de Villiers, ancien directeur du Puy-du-Fou et figure bruyante de RMC. « Le futur maire LFI de Saint-Denis s’autorise un humour extravagant (ségrégationniste ?) en proclamant que Saint-Denis est la ville des noirs », écrivait-il (archive disponible ici).
Une heure plus tard, un autre message apparaît, signé par Gilbert Collard, ancien député et eurodéputé du Rassemblement national, soutenant Éric Zemmour à l’élection présidentielle de 2022. « Darius Rochebin dit au nouveau maire de Saint-Denis : ‘C’est la ville des rois’, il répond : ‘C’est la ville des noirs’. Où est le racisme ? Cette phrase est terrible par son séparatisme », commente-t-il (archive ici). S’enchaînent ensuite plusieurs messages similaires, dont certains relayés par Jean Messiha, candidat Reconquête éliminé dès le premier tour dans une autre commune, Evreux, qui ont atteints des centaines de milliers, voire un million de vues (archive ici). Ces publications n’étaient pas supprimées jeudi 19 mars au matin, malgré les nombreux démentis reçus.
Cette fausse attribution a même été portée à des plateaux télévisés. CNews y a tenu un débat où l’un des intervenants s’interrogeait sur sa capacité à « encore pouvoir vivre en France », au moment où Bally Bagayoko était blanc et aux yeux verts. Apolline de Malherbe a d’ailleurs demandé, lors de l’interview du matin du mardi 17 mars, si cela avait de l’importance pour lui que Saint-Denis soit la « ville des Noirs ». L’élu a dû rectifier et rappeler qu’il avait en réalité déclaré que Saint-Denis était « la ville des rois et du peuple vivant ». La fausse citation a aussi été évoquée à plusieurs reprises sur le plateau de C ce soir sur France 5.
Apolline de Malherbe a ensuite présenté des excuses publiques. « Dans le brouhaha du duplex, j’avais mal entendu ses propos dimanche soir à minuit, et j’en suis désolée », a-t-elle indiqué sur X mardi 17 mars à la mi-journée. Le présentateur de C ce soir, Karim Rissouli, qui n’avait pas lui-même évoqué la fausse citation sur son émission mais n’avait pas corrigé l’auteur de l’erreur, a lui aussi tenu à présenter ses excuses. Il a dénoncé la « violence très forte dans le bruit médiatique » et « une sorte d’impensé raciste », affirmant sur Instagram : « En tant que journalistes, on ne doit pas se laisser enfumer, instrumentaliser ».
D’autres fausses informations « racistes »
Ce n’est pas la seule rumeur trompeuse qui circule autour de Bally Bagayoko depuis sa victoire. Gilbert Collard a aussi laissé croire qu’il aurait adressé un geste extravagant à son arrivée à l’hôtel de ville, alors que le maire LFI avait mimé un uppercut en référence à un slogan employé pendant la campagne, « un coup, KO ». Il a d’ailleurs célébré sa victoire ce même soir sur X en reprenant ce slogan.
Un journaliste de Valeurs Actuelles a aussi demandé à Bally Bagayoko s’il serait « à la main des dealers », lors d’une émission sur BFMTV, sans apporter la moindre preuve d’un quelconque lien entre l’élu et le trafic de drogue. Cette question faisait écho à des inquiétudes évoquées par le maire sortant socialiste de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, principal adversaire de Bagayoko. Selon 20 Minutes, il avait indiqué pendant la campagne que des policiers municipaux avaient entendu des trafiquants affirmer voter pour le candidat insoumis parce qu’il voulait désarmer la police municipale. Par ailleurs, un trafiquant avait été interpellé à la sortie d’un meeting de Bagayoko, mais l’ancien cadre de la RATP, engagé en politique locale depuis le début des années 2000, a toujours contesté tout lien avec le narcotrafic. Bally Bagayoko a d’ailleurs porté plainte pour diffamation contre son adversaire socialiste, comme le relaie 20 Minutes et Le Parisien.







