La libération ponctuelle de 400 millions de barils de pétrole n’a pas entraîné une diminution significative du cours du baril Brent. D’après les économistes consultés par 42mag.fr, seule la réouverture du détroit d’Ormuz pourrait durablement influencer les conditions du marché.
Quelle peut être la solution miracle pour faire baisser le prix du pétrole ? Le mercredi 11 mars, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé un déblocage exceptionnel de 400 millions de barils, conçu pour éviter une flambée du Brent et des carburants à la pompe. Cette initiative a été accueillie favorablement, notamment par le ministère de l’Économie français, qui estime qu’elle peut contribuer à détendre les prix. À l’ouverture du G7, Emmanuel Macron a précisé que la libération des stocks stratégiques représente « environ 20 jours des volumes exportés via le détroit d’Ormuz ».
Mais dans les faits, son effet sur le court terme reste limité. « C’est une petite goutte d’eau qui sert à gagner du temps », observe l’économiste Thierry Bros. « On s’achète du temps, rien de plus. » Pour preuve, les deux références mondiales, le Brent et son équivalent américain le West Texas Intermediate, restent autour de 100 dollars le baril, soit une hausse comprise entre 40 % et 50 % depuis le déclenchement de la guerre menée contre l’Iran le 28 février par les États‑Unis et Israël. Au sommet, le baril avait brièvement approché les 120 dollars, alors qu’il tournait autour de 70 dollars fin février, peu avant les premières frappes.
Une guerre qui se prolonge, des inquiétudes qui persistent
Les cours du pétrole demeurent donc très volatils. Le 17 mars, le Brent dépassait de nouveau les 100 dollars. Cette progression survient après de nouvelles attaques contre des infrastructures pétrolières stratégiques à Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, le 16 mars, lorsqu’un site a de nouveau été visé par des drones en provenance d’Iran.
Ces attaques rehaussent les inquiétudes relatives à l’approvisionnement mondial dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent habituellement près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide. Dans ce contexte, toute perturbation géopolitique ou militaire, même ponctuelle, pousse immédiatement les prix à la hausse, selon plusieurs économistes interrogés par 42mag.fr.
Si le déblocage des stocks stratégiques n’a pas entraîné de baisse des cours du Brent, c’est que le fonctionnement du marché pétrolier repose en grande partie sur des anticipations, expliquent les spécialistes.
« Le prix du pétrole est avant tout une anticipation. Les grandes compagnies pétrolières et les traders tentent d’évaluer la durée de la crise, et cela oriente les cours. »
Jean-Pierre Favennec, consultant et spécialiste de l’énergieà 42mag.fr
Les marchés demeurent donc très prudents face à l’actualité du Moyen‑Orient, rappellent Patrice Geoffron, docteur en économie industrielle et professeur à l’université Paris‑Dauphine.
Les marchés très sensibles aux déclarations de Donald Trump
Plus que la libération des stocks stratégiques, c’est la réouverture éventuelle du détroit d’Ormuz qui pourrait entraîner une détente des prix, selon les économistes. « L’incertitude sur le moment précis de la réouverture est centrale. Dans quinze jours, les prix peuvent être à 150 dollars comme redescendre », précise Patrice Geoffron.
Ces derniers jours, Donald Trump a exhorté les pays de l’Otan à aider à sécuriser le détroit, sans que ses appels ne rencontrent d’écho suffisant. « Il souhaiterait que le détroit d’Ormuz soit libéré car son pays consomme une part importante du carburant mondial », affirme Jean-Pierre Favennec. La prise de parole du président américain a été particulièrement scrutée par les marchés, comme chacune de ses interventions depuis le début des hostilités au Moyen‑Orient.
« Quand Donald Trump s’exprime, cela a un effet direct sur le marché. »
Thierry Bros, économisteà 42mag.fr
Les cours du pétrole ont ainsi enregistré une forte baisse mardi 10 mars, lorsque le président américain a affirmé que la guerre avec l’Iran était « quasi terminée » et annoncé une levée prochaine de certaines sanctions sur le pétrole russe. Ce revers a provoqué une chute marquée des cours, le Brent déclinant de 10,46 % pour s’établir à 88,61 dollars le baril.
Une mesure qui pourrait même être contre-productive ?
Pour Thierry Bros, ce déblocage de 400 millions de barils s’inscrit aussi dans une logique de gestion du risque. « C’est une mesure d’assurance. Si votre logement brûle, l’assurance paie, mais cela ne répare pas le sinistre tout de suite. » Autrement dit, ces stocks permettent d’atténuer les fluctuations de l’offre et de la demande à court terme, sans pour autant rééquilibrer durablement le marché.
« C’est une quantité, certes massive, mais cela ne suffit pas à dissiper les craintes des acteurs du marché pétrolier. »
Patrice Geoffron, professeur d’économieà 42mag.fr
« Il faut aussi penser à l’après. Il faudra réparer les infrastructures. La production sera donc encore entravée et cela prendra du temps », poursuit l’universitaire.
Ainsi, une injection massive de stocks par l’AIE sur le marché ne suffirait pas à réduire les prix si le conflit venait à s’inscrire durablement dans le temps. Or, l’incertitude demeure et demeure maximale. « Le marché est figé, sans direction nette. Certains traders restent optimistes, d’autres restent pessimistes et déplacent les prix. Le prix n’est que la moyenne de leurs anticipations », remarque Thierry Bros.
Enfin, la mobilisation des stocks stratégiques peut aussi nourrir l’inquiétude sur le marché pétrolier et être interprétée comme un signe de faiblesse. Jean-Pierre Favennec assure : « C’est une arme à double tranchant. D’un côté, cela envoie au monde un message indiquant que la situation est maîtrisée. De l’autre, c’est un signe d’alerte pour le marché pétrolier. »







