Ce dimanche, l’élection sera rendue officielle lors de l’ouverture de la première séance du nouveau Conseil de Paris. Emmanuel Grégoire, 48 ans, se profile comme le prochain maire de la capitale et a largement surpassé Rachida Dati au second tour des municipales du 22 mars, malgré une notoriété encore limitée. On revient sur son parcours et sur les traits qui définissent sa personnalité.
Il existe un souvenir que privilégie Emmanuel Grégoire lorsqu’il se raconte. L’anecdote se déroule surtout dans l’habitacle d’une voiture. Il faut aussi savoir qu’il n’est pas né à Paris, mais tout près, aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. Avant d’installer sa vie dans un village de Charente-Maritime, il a passé son enfance à Bagnolet, Montreuil et Corbeil-Essonnes. C’est dans ces quartiers périphériques, que l’on associe à la « ceinture rouge », que se formait son univers. À l’époque, ses deux grands-pères militent au Parti communiste et son père est permanent du Parti. C’est avec lui qu’Emmanuel Grégoire s’amusait à jouer les touristes.
« Mon papa possédait une Renault 18 break, et on avait pour habitude, en principe, de faire deux escapades nocturnes par an vers Paris. On prenait la voiture familiale, on ouvrait les vitres et on achetait des bonbons, puis on déambulait dans la ville en dégustant les friandises devant les monuments », racontait-il sur Radio Nova.
Les opposants d’Emmanuel Grégoire lui prêtent souvent des défauts tels que « l’apparence terne », « l’absence de charisme ». Il répond que c’est dur et qu’on le connaît mal. Dans sa vie privée, il affirme être « extrêmement joyeux, très drôle », mais tout le monde s’accorde sur le fait qu’il est surtout un travailleur acharné. Il s’efforce de passer du temps avec ses trois enfants et ses deux beaux-enfants, tout en connaissant le rythme d’un emploi du temps de quinze heures par jour.
« J’entretiens une relation un peu compulsive avec le travail. »
Emmanuel Grégoiresur la chaîne YouTube de l’influenceur Sam Zirah
« Je sais que j’ai une certaine dépense excessive dans le travail, que j’ai toujours eue, même tout petit. Cela m’aide sans doute à apaiser des angoisses. Le travail est pour moi un moyen de stabiliser et d’équilibrer ma vie », explique-t-il sur la chaîne YouTube de l’influenceur Sam Zirah. « Lorsque je cesse de travailler, les choses se compliquent rapidement. »
Rigoureux et loyal
Ses amis comme ses adversaires partagent une même lecture: ce sont des qualités qui lui collent à la peau et que beaucoup associent à celui qui a offert sa victoire à dimanche dernier à Lionel Jospin. C’est parce qu’il l’admire qu’Emmanuel Grégoire s’est engagé en politique, début 2002. Âgé de 25 ans, il travaillait alors dans le privé et décide d’adhérer au Parti socialiste dans le XIIe arrondissement de Paris. Il débute comme colleur d’affiches, puis devient secrétaire de section. « Celui qui nettoie la table quand l’apéro est terminé et que tout le monde est parti », se rappelle-t-il.
En 2008, tout bascule. Un adjoint de Bertrand Delanoë, fraîchement réélu maire de la ville, lui propose d’intégrer son équipe. Pour Grégoire, cela devient une trajectoire de quelques années, puisqu’il est promu à la fonction de chef de cabinet du maire et ne retourne jamais dans le secteur privé. Delanoë le décrit comme « vif, fidèle, sympathique ».
« J’ai toujours une aversion pour les conflits. »
Emmanuel Grégoireà Sam Zirah
On pourrait ajouter « posé », car Emmanuel Grégoire déteste les affrontements. Cette trait caractéristique remonte loin dans son enfance, notamment à cause du divorce de ses parents: « Mes parents se sont séparés alors que j’étais très jeune, avec les difficultés et les enjeux qui vont avec. Cela a beaucoup façonné mon caractère, en m’apprenant à me protéger et à éviter les conflits. J’ai toujours une aversion aux conflits et j’essaie plutôt, par le dialogue et l’écoute, de réduire l’hostilité dans mes rapports avec les autres. »
Un homme de dialogue, un stratège
Ceux qui se trouvent de l’autre côté de la barricade décrivent aussi Emmanuel Grégoire comme quelqu’un capable d’échanges, réfléchi et stratège. Inévitablement « stratège ». Pour certains, la victoire nette obtenue par cet homme, qui se tait face à la voix puissante de Rachida Dati, ne doit rien au hasard. Olivier Faure, le président du PS, le caractérise comme « un animal politique ». La campagne fut tendue, et beaucoup ont salué sa résilience. Emmanuel Grégoire se voit comme un coureur de fond, un marathonien, et il affirme que cela l’a aidé.
Quand il apprend qu’il remporte l’élection dimanche 22 mars 2026, les larmes montent immédiatement aux yeux. On le voit dans le documentaire « Paris à prendre », diffusé sur Paris Première. Il se blottit contre Bertrand Delanoë.
Emmanuel Grégoire avoue être « très émotif ». Pendant la campagne, lors d’entretiens, il s’est laissé émouvoir en évoquant les abus sexuels dont il a été victime lorsqu’il était enfant et le silence qu’il avait gardé pendant des décennies, puis lorsqu’il a évoqué le suicide de son frère, survenu en novembre 2025, et la culpabilité qu’il porte. Qu’on apprécie ou non le personnage, cela demeure tout de même conséquent pour un homme jusqu’ici perçu comme « terne » et « lisse ».







