À Decatur, tout près d’Atlanta, des artisans et des ouvriers du bâtiment font le bilan de leurs finances face à l’augmentation du prix du carburant. Les dépenses s’accumulent et la marge pour augmenter les tarifs se révèle limitée, ce qui inquiète de nombreux Américains quant à ce qui les attend.
Les tarifs à la pompe augmentent aussi aux États-Unis depuis le déclenchement du conflit avec l’Iran. La moyenne nationale a franchi la barre des 4 dollars le gallon (3,78 litres), un seuil qui résonne comme le passage à 2 euros le litre en France. Dans un pays où la voiture est quasi indispensable, l’effet est particulièrement fort, notamment pour les gros consommateurs comme les artisans du bâtiment.
Devant un magasin de matériaux de construction Home Depot, à Decatur, en périphérie d’Atlanta, de nombreux professionnels viennent faire le plein tôt le matin avant d’attaquer la route. Dans sa camionnette, Horacio serre les dents en comptant ses dépenses. « Si la tendance continue, je vais peut-être être amené à licencier quelqu’un dans le courant du mois », déclare-t-il. « Ce sont de bons travailleurs, et cela pèse sur moi, car leurs familles dépendent de leurs salaires », ajoute le patron d’un petit cabinet de BTP.
Des coûts qui montent en flèche
Chaque matin, Horacio effectue le tour de la ville pour récupérer ses cinq salariés, puis il se rend sur les chantiers. « Je dépense environ 350 dollars par semaine pour trois pleins d’essence, et on ne parvient pas vraiment à bien vivre puisque les prix alimentaires suivent la même hausse, ce qui nous frappe durement », précise cet Américain, qui dispose de deux véhicules professionnels et de trois voitures pour sa famille, ce qui alourdit encore la facture.
Donald Trump assure que les prix de l’essence baisseront après la fin du conflit, mais Horacio n’y croit pas une seconde. « Ce monsieur raconte n’importe quoi. Il balaie une chose puis en annonce une autre. On ne voit pas les prix redescendre du jour au lendemain. Pas en un mois, pas en deux mois. Et ceux qui avancent le contraire mentent », affirme-t-il. Selon lui, il est difficile d’augmenter ses tarifs : ses clients ne suivraient pas.
À quelques mètres de là, Steve, entrepreneur en rénovation, jongle avec plusieurs corps de métier : plomberie, électricité, etc. Si le conflit se prolonge, il pourrait être contraint d’ajuster ses prix. « Habituellement, nous, les petites entreprises, préférons éviter d’augmenter les tarifs. On absorbe les coûts aussi longtemps que possible. On repousse les achats de matériaux autant que faire se peut. Mais ce n’est qu’une éventualité qui se profile dans les mois qui viennent », explique-t-il. Pour chacun de ses trois véhicules, il débourse environ 20 dollars de plus à chaque plein. Cela s’ajoute à la hausse des matières premières, « tout coûte plus cher en ce moment, et les prévisions annoncent encore une hausse, ce qui n’est pas bon pour nous. On se débrouille, on ajuste le budget et on espère des jours meilleurs », conclut Steve, qui redoute que le conflit puisse durer plusieurs années.
D’autres professionnels du bâtiment assument davantage la réalité. Rodolfo adopte une attitude résolue: « On est en temps de combat économique. On paie le prix pour une nécessité qui va nous permettre de tenir longtemps, et cela nous offrira des décennies de calme plus tard. Le consommateur américain est prêt pour cela », affirme-t-il. « Comme le président l’a dit, nous sommes prêts sur tous les fronts: consommation, carburants, et à tous les niveaux », ajoute-t-il. Depuis le début des hostilités avec l’Iran, le coût moyen de l’essence a augmenté de plus de 35 % aux États-Unis.







