Bien que le cessez-le-feu soit en vigueur au Moyen-Orient, le pouvoir exécutif privilégie la prudence face à l’envol des prix des carburants, espérant obtenir un apaisement rapide qui permettrait d’éviter d’avoir recours à de nouvelles aides publiques. Entre les pressions politiques et le risque d’une colère sociale montante, l’équilibre délicat sur lequel repose cette démarche demeure fragile.
Alors que Washington et Téhéran semblaient parvenir à un accord, au cours de la nuit du 7 au 8 avril, portant sur un cessez-le-feu d’une durée de deux semaines en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz, la pression politique pesant sur l’équipe au pouvoir ne cesse de s’intensifier. Cette tension suit, à peu près, le même rythme que l’évolution des tarifs pétroliers observée depuis plus d’un mois. En clair, jusqu’où l’exécutif pourra-t-il aller sans être contraint de déployer des fonds publics en soutien?
Pour l’heure, Sébastien Lecornu adopte une ligne d’attente, comme s’il anticipait une levée rapide des blocages autour du détroit d’Ormuz, rendue plausible par l’accord de cessez-le-feu pris cette nuit-là. Mardi, toutefois, à l’Assemblée, les oppositions n’ont pas manqué d’exiger des mesures concrètes. Les socialistes ont une fois de plus demandé un chèque énergie ciblé en direction des plus vulnérables. Les insoumis réclament le gel des prix du carburant. Le Rassemblement national appelle à une réduction massive des prélèvements, et le Premier ministre adopte une attitude dilatoire. Édito.
Un équilibre precieusement tenu entre pressions et calculs politiques
En dépit de l’étouffante gestion des finances publiques, Lecornu prend un risque calculé sur le plan politique. Certes, son silence permet à ses adversaires de s’exprimer et de prétendre représenter les automobilistes mécontents et les secteurs frappés par la crise. Mais il compte sur le fait que ni les socialistes ni le Rassemblement national n’auraient intérêt à déclencher une crise nationale qui viendrait s’ajouter aux épisodes géopolitique et énergétique en cours. Leurs remontrances s’apparenteraient davantage à des rôles prédéfinis; ces formations auraient tout à gagner à maintenir leur statut d’opposants, mais beaucoup à perdre en provoquant une débâcle politique.
La faiblesse apparente de l’exécutif, à quelques mois d’une élection présidentielle, laisse penser que l’opposition n’a pas grand-chose à gagner à bouleverser l’équilibre du moment. Preuve en est : Marine Le Pen répète depuis des semaines que le gouvernement profiterait de la crise et serait incapable, affirme-t-elle, de gérer les choses correctement, mais mardi elle a écarté l’éventualité d’une motion de censure visant à démette le pouvoir. Mieux vaut, en somme, un Lecornu fragilisé et sous pression que le retour à une vacance du pouvoir.
Le danger pour le Premier ministre ne se jouerait peut-être pas au Parlement. Il se situerait plutôt dans la rue, sur les stations-service, dans les transports ou sur les ronds-points. Autrement dit, dans l’opinion publique, si les prix des carburants ne repartent pas à la baisse rapidement. Le gouvernement craint surtout une mobilisation de certaines professions, voire le retour d’un mouvement comparable aux « gilets jaunes ».
Dans une pareille hypothèse, Sébastien Lecornu n’aurait plus guère le choix. Il lui faudrait étendre de façon plus extensive les aides publiques, et le coût de l’opération serait vraisemblablement beaucoup plus élevé. Pour éviter d’avoir à mettre la main au portefeuille, l’exécutif nourrit l’espoir que le cessez-le-feu conclu entre mardi et mercredi se mue en une paix durable, et que le trafic via le détroit d’Ormuz retrouve rapidement le niveau antérieur à la crise.







