À la barre, jeudi, l’ancien chef de l’État a soutenu que le terme haine visait non seulement les « kadhafistes », mais aussi « l’officine Mediapart » et même « une partie du réquisitoire du Parquet national financier ».
Un duel verbal marqué par la tension. Au troisième jour d’audition devant la cour d’appel de Paris, le jeudi 9 avril, Nicolas Sarkozy est revenu dans un cadre plutôt tendu sur des propos tenus après sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs », dans l’enquête sur le financement présumé de sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye. Le 25 septembre 2025, à la sortie de la salle d’audience, l’ancien chef de l’État avait déclaré, face aux caméras, « La haine n’a donc décidément aucune limite. »
« Est-ce ’la haine’ de ceux qui vous ont conduit en prison ? », interroge, jeudi, Vincent Ollivier, avocat des proches des personnes tuées dans l’attentat du DC-10 perpétré par des dignitaires libyens en 1989. L’ancien président commence par décrire son état de choc à l’annonce de sa condamnation, accompagné, « de surcroît », par une « application immédiate, alors même que ce point n’avait fait l’objet d’aucun débat à l’audience ».
Car la peine prononcée à son encontre est assortie d’une exécution provisoire : elle signifie qu’il va être incarcéré, malgré sa décision de faire appel. Le septuagénaire a ainsi passé trois semaines à la prison de la Santé à Paris, du 21 octobre au 10 novembre 2025. Il avait ensuite obtenu sa remise en liberté sous contrôle judiciaire.
« Je ne suis pas un automate diffusant des discours tout prêts »
« J’ai effectivement utilisé le mot ‘haine’. Dans mon esprit, il visait un certain nombre de personnes », poursuit Nicolas Sarkozy, précisant qu’il pensait au clan du dictateur libyen Mouammar Kadhafi. Mais il « visait » aussi « une partie du réquisitoire du Parquet national financier », pour ses « propos », qui étaient « peu juridiques et plutôt politiques » à ses yeux. « Est-ce que c’est mon état d’esprit à ce moment-là ? Oui, » reprend Nicolas Sarkozy. « Est-ce que je le dirais de la même manière ? Sans doute pas. » « Tout au long de ce calvaire judiciaire, j’ai respecté l’institution », assure encore l’ancien président de la République. Il admet avoir répondu « à ma manière. (…) En quarante années de vie politique, il y a quand même un style oratoire », souligne-t-il.
L’avocat Vincent Ollivier persiste : « Est-ce que vous comprenez que les parties civiles ont été extrêmement choquées de voir qu’au terme de l’audience, vous prononcez le mot ’haine’ ? » « Je ne suis pas un jukebox qui sert des discours préparés à l’avance, je n’ai jamais voulu les blesser, » articule Nicolas Sarkozy. « Dans mon esprit, les victimes ont tous les droits, y compris à mon endroit. » « Est-ce que vous confondez votre sort de justiciable avec le sort de la France ? » rebondit le conseil des parties civiles. Nicolas Sarkozy reprend son souffle. Puis il se lance dans une longue tirade, qu’il conclut ainsi : « Quand un ancien président de la République franchit les portes de la prison de la Santé, c’est aussi une humiliation pour son pays. »







