Face à la perspective d’un duel Bardella–Mélenchon en 2027, des élus issus de la droite et du centre cherchent à s’unir autour d’un candidat commun. Toutefois, les rivalités internes, les divergences sur les stratégies et l’absence d’une ligne politique commune freinent cette alliance et laissent cette option extrêmement incertaine.
À droite et au centre, des vœux s’élèvent pour obtenir un candidat unique à la prochaine présidentielle, soutenant que la crainte peut parfois guider les décisions, et que ce qui représente une aspiration pour certains peut devenir l’angoisse des autres. Le souhait partagé par Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon serait de se retrouver face à face au second tour en 2027. D’après les sondages, la qualification du candidat d’extrême droite semble plausible; celle du représentant de la France insoumise demeure incertaine. Cette appréhension commune pousse donc les bases proches à tâtonner afin de parvenir à franchir le premier tour. C’est l’objectif d’un appel signé par neuf ministres du gouvernement dirigé par Édouard Lecornu et 81 parlementaires des familles LR et du centre, publié dimanche 29 mars dans La Tribune Dimanche.
Peut-on réellement y parvenir ? Ce n’est pas une affaire simple. La démonstration est là : le texte de cet appel n’indique aucune procédure pour désigner ce candidat. Il n’est pas question d’organiser des primaires « ouvertes », « fermées », « semi-ouvertes » ou toute autre variante, et ce qui suit montre que les désaccords préémergent sur la méthode avant même de s’entendre sur un nom. Édouard Philippe et Xavier Bertrand rejettent toute idée de primaire; Bruno Retailleau réclame un plébiscite issu des militants LR; Gabriel Attal agit en solitaire; Gérald Darmanin pousse pour une ouverture jusqu’à la gauche républicaine; Laurent Wauquiez, lui, privilégierait une ouverture jusqu’au parti d’extrême droite Reconquête représenté par Éric Zemmour. En somme, la coalition droite-centre se dérobe, et on peut dire que la relation est compliquée…
Une alliance déjà testée, mais encore fragile
Pourtant, la droite et le centre avaient déjà été réunis lors des municipales. Ils ont parfois triomphé ensemble, comme à Bordeaux ou Limoges ; bien souvent, en revanche, ils ont connu des revers, notamment à Paris, à Lyon ou à Marseille. Ils se tiennent aussi côte à côte au sein du gouvernement Lecornu, et cette entente, même chaotique, est devenue plus naturelle, plus logique depuis que le mouvement présidentiel a renoncé à l’illusion du dépassement du clivage droite-gauche pour s’ancrer sans ambiguïté à droite.
Mais ces « cinquante nuances de droite » demeurent si plurielles que les soutenir toutes ensemble par le biais d’une primaire commune paraît peu envisageable. S’il venait à être battu, Retailleau s’effacerait-il derrière Attal ? Wauquiez ou Knafo derrière Philippe ? On est confronté ici au dilemme d’une alliance fondée sur des circonstances sans véritable corpus commun ni boussole idéologique. Ce n’est qu’un recyclage prudent pour sauvegarder les postes plutôt qu’un véritable socle programmatique cohérent.
Depuis une décennie, le macronisme s’évertue à démanteler les impingements traditionnels de la gauche comme de la droite. « La poutre travaille », répétait Édouard Philippe. Tellement que le plafond finit par s’effondrer sur le socle commun.







