En réponse aux attaques menées conjointement par Israël et les États‑Unis, l’Iran a visé des installations pétrolières et gazières situées dans le Golfe, des infrastructures liées à des intérêts occidentaux. Par ailleurs, les États‑Unis et Israël ont aussi frappé des sites iraniens afin d’atteindre le régime en place à Téhéran.
Dans le duel stratégique qui oppose l’Iran aux États-Unis et à Israël, l’énergie occupe une place centrale. Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient le 28 février, par des frappes israélo-américaines visant l’Iran, au moins 29 sites liés au secteur énergétique ont été ciblés. Des attaques par drones et des raids aériens ont endommagé des raffineries, des terminaux, des gisements pétroliers ou des dépôts d’hydrocarbures dans neuf pays.
Après le rejet par Téhéran du plan de paix proposé par Donald Trump, les frappes se poursuivent contre l’Iran et les pays du Golfe. Grâce à ce visuel interactif, on peut localiser les lieux touchés depuis le début du conflit, qu’ils aient été atteints par les États‑Unis et Israël, ou par l’Iran et ses alliés comme le Hezbollah, ou via des intermédiaires, tels que des milices.
Selon 42mag.fr, calculant le nombre de sites touchés à partir des frappes recensées par l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), ce décompte est probablement sous-évalué et ne prend pas en compte certains tirs qui ont été interceptés. Pour autant, « les éclats et les débris issus de ces interceptions peuvent retomber sur des installations et les mettre hors service », souligne le chercheur américain Kevin Book dans l’Associated Press. Cité par l’AFP, Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a évoqué le 23 mars au moins 40 équipements « gravement ou très gravement endommagés ».
Des installations visées à répétition
Certaines infrastructures ont été touchées à plusieurs reprises. C’est le cas notamment du complexe gazier Ras Laffan, au Qatar, qui figure parmi les premiers sites de production de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde. Visé dès les premiers jours du conflit, ce site, qui exploite la portion qatarie du vaste gisement de South Pars, a de nouveau été attaqué par l’Iran le 18 mars. Le lendemain, les prix du gaz ont bondi et le 24 mars, Qatar Energy annonçait qu’elle ne pouvait plus honorer certains de ses contrats. Ces actions iraniennes contre Ras Laffan ont été des représailles aux bombardements israéliens sur la partie iranienne du champ gazier de South Pars, qui fournit à lui seul environ 70 % du GNL iranien.
Aux Émirats arabes unis, le port de Fujairah a également subi au moins quatre attaques iraniennes. Cette poursuite s’explique par l’importance stratégique de ce complexe, qui permet aux Émirats d’exporter leur pétrole malgré le blocage du détroit d’Ormuz. En effet, ce port abrite le seul terminal pétrolier émirati donnant sur la façade ouest du détroit, encore accessible pour le trafic marchand. Le 14 mars, une partie des activités portuaires avait déjà été temporairement suspendue en raison des dommages subis par le site.
Une manière de frapper l’économie
Frappes ciblant des infrastructures énergétiques pendant un conflit ne constituent pas une nouveauté. En revanche, l’ampleur des attaques retient l’attention de nombreux analystes. « L’Iran a choisi de mener une guerre d’appauvrissement économique, car il sait qu’en s’en prenant à ces installations, il s’en prend à l’activité économique des pays du Golfe », analyse Myriam Benraad, professeure à l’université d’Exeter et spécialiste du Moyen-Orient. « C’est le levier par excellence pour faire pression sur les Américains », renchérit Etienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique.
Les États-Unis et Israël n’utilisent pas non plus l’énergie comme simple arrière-plan; ils cherchent aussi à peser sur l’Iran par ce terrain-là, alimentant l’escalade du conflit. Dans la nuit du 7 au 8 mars, Israël a frappé plusieurs dépôts pétroliers et une raffinerie à Téhéran. Les explosions ont plongé la capitale dans l’obscurité et ont enveloppé la ville d’un épais et toxique panache de fumée. Attaquer les sites pétrochimiques iraniens vise à affaiblir un régime qui, malgré les sanctions américaines, continuait à exporter du pétrole, notamment vers la Chine. « C’est aussi une manière d’empêcher l’Iran, même en cas de fin de guerre, de rebâtir rapidement son économie », estime Myriam Benraad.
Des conséquences à long terme ?
Au-delà des répercussions locales, ces actions génèrent des retentissements importants sur l’économie mondiale dans un contexte d’interdépendance croissante. Les frappes répétées contre les infrastructures pétrolières et gazières, associées au blocage quasi total du détroit d’Ormuz, qui voit passer environ 20 % du pétrole mondial, ont accéléré la hausse des cours du pétrole, du gaz et même de certains engrais. Selon l’OCDE, le conflit au Moyen-Orient pourrait freiner la croissance économique mondiale et relancer l’inflation, qui pourrait atteindre 4,2 % aux États‑Unis, contre 2,6 % en 2025. En France, l’économie est « percutée » par le conflit, selon l’Insee, qui prévoit une inflation dépassant les 2 % « au cours du printemps ».
Les dommages causés par cette guerre pourraient perturber pendant des années l’approvisionnement mondial en gaz, les infrastructures étant longues à remettre en état. Le 19 mars, le PDG de Qatar Energy a déclaré à Reuters que les dégâts subis par ses installations gazières exigeraient trois à cinq années de réparations.
Plusieurs installations pétrolières ont aussi connu des interruptions de production. C’est le cas notamment de deux raffineries au Koweït, après des attaques de drones iraniens, selon The Wall Street Journal, mais aussi en Arabie saoudite, où la plus grande raffinerie du royaume à Ras Tanura a été mise à l’arrêt pendant plusieurs jours à la suite de frappes iraniennes.
Bien que la plupart des infrastructures pétrolières restent opérationnelles, demeure nécessaire que le pétrole puisse être exporté. Malgré l’accord iranien permettant la navigation des « navires non hostiles » à travers le détroit d’Ormuz, ce passage stratégique demeure, en pratique, pratiquement dépeuplé.







