Pour exprimer leur mécontentement face aux décisions du gouvernement, les routiers ont monté samedi matin un barrage filtrant sur l’autoroute A7, près du sud de Lyon. Ils réclam ent une régulation des prix du carburant afin de pouvoir poursuivre leur activité professionnelle.
Une vingtaine de camions, rangés prudemment sur le bord droit et surveillés par les forces de l’ordre, forment un long barrage qui filtre la circulation et obligent les automobilistes à ralentir, puis à se rabattre sur une seule file. Après les annonces du gouvernement, l’organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), regroupant des PME du secteur, a décidé d’appeler à la mobilisation samedi 28 mars, sur l’A7, au sud de Lyon.
À chaque véhicule qui passe, les routiers distribuent des tractations. « Ça ne se passe pas trop mal pour l’instant, dans l’ensemble les gens sont assez compréhensifs », affirme Thierry Momplot, l’un des manifestants, qui n’a qu’un seul camion. Cette hausse des prix à la pompe met son entreprise en péril financier : « En gros, par jour, ça me coûte 90 euros de carburant en plus. On ne peut pas la répercuter. Pour l’instant, on tente d’absorber cette augmentation par nous-mêmes pour ce mois-ci, mais si cela continue, dans cinq ou six mois, j’arrêterai », déplore-t-il.
Les structures les plus importantes ne sont pas épargnées par la flambée des prix du carburant, comme en témoigne Gérard Hugon et sa société Centre Express Limousin. « Le gouvernement a annoncé une aide de 20 centimes au litre, » « mais ce n’est pas suffisant » car nous avons subi une perte de 50 centimes au litre, il faut que l’État nous écoute ! », déclare ce patron à la tête d’une flotte d’environ cent camions. « Sachant que le gasoil est payé quasiment tout de suite, on répercute cela en fin de mois, avec des règlements à 30 ou 45 jours, ce qui exige une avance de trésorerie extrêmement importante ! »
« Si l’État n’apporte pas son soutien, le coût sera bien plus lourd sur le long terme »
Les transporteurs routiers ne sont pas les seuls à subir l’augmentation des factures : les autocaristes ressentent aussi la pression. La société Rochette a mobilisé l’un de ses chauffeurs pour l’action du matin, à bord d’un grand autocar noir brillant. « On assure du transport scolaire, des excursions l’été, et là, c’est en baisse pour le moment : les gens ne veulent plus prendre le car, car cela coûte trop cher », explique-t-il.
Leur exigence principale : encadrer les tarifs. Ne pas le faire serait, selon Jean-Christophe Gautron, secrétaire général de l’organisation des transporteurs routiers européens, un mauvais calcul : « Il faut savoir que sur les trois dernières années, 5 000 entreprises du transport ont dévissé ou risquent de dévisser dans les mois à venir », prévient-il. « Donc ne pas nous aider coûtera à terme beaucoup plus cher à l’État. »
« Pour l’État, cela représente une perte chiffrée à cinq milliards d’euros : des taxes non perçues et non versées par les entreprises, des cotisations sociales non versées, de la TVA ou des impôts sur les entreprises qui ne sont pas payés, et le coût social du chômage pour les salariés de nos entreprises. »
Jean-Christophe Gautron, secrétaire général de l’organisation des transporteurs routiers européensà 42mag.fr
La mobilisation se déplace en début de semaine en Île-de-France, avec une opération escargot annoncée sur le périphérique parisien lundi, et elle est appelée à évoluer au fil des négociations.







