Dimanche soir, sur la chaîne France 5, un film a été présenté, mettant en vedette deux reporters ukrainiens, Mstyslav Chernov et Evgeniy Maloletka. Dans ce documentaire, ils narrent le vécu journalier de cette cité portuaire qui est actuellement confrontée au siège des troupes russes, et ils démystifient la désinformation orchestrée par Moscou.
À l’aube du déclenchement de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022, une équipe de journalistes ukrainiens affiliés à l’Associated Press (AP) se dirige vers Marioupol. Ils anticipent que cette importante cité industrielle et portuaire, bordant la mer d’Azov, s’imposera comme une première cible pour l’armée russe, étant donné sa signification tactique. Quelques heures après, les premières explosions retentissent. Alors que la plupart des correspondants internationaux s’éclipsent de la ville, deux journalistes ukrainiens choisissent de rester. Le matériel qu’ils recueillent sur une période de trois semaines sera retransmis par des médias à travers le monde. Ces expériences ont donné naissance à un documentaire, intitulé « 20 jours à Marioupol », diffusé le dimanche 25 février à 22h15 sur France 5, au moment où le conflit ukrainien entame sa troisième année.
Le 9 mars, les correspondants Mstyslav Chernov et Evgeniy Maloletka accompagnent les équipes de secours dans une visite à des blessés d’un hôpital récemment bombardé, un acte qui est considéré comme un crime de guerre selon le droit international. Parmi les blessés se trouve Iryna, une femme enceinte évacuée sur une civière, dont l’image sera rapidement diffusée mondialement grâce au travail des deux journalistes.
« Manipulation, mise en scène »
Les autorités russes déclenchent rapidement une intense campagne de propagande visant à décliner vigoureusement l’authenticité de cette information. Sur les réseaux sociaux et dans les bulletins d’information télévisés, des termes tels que « manipulation », « mise en scène »… sont de plus en plus présents. Les médias russes soutiennent que le véritable personnel a quitté l’hôpital, qui se serait transformé, selon eux, en « plateau de tournage », et que les soignants et les victimes, y compris Iryna, seraient des acteurs et des figurants. Mstyslav Chernov, le réalisateur, entend la propagande et décide de retrouver Iryna.
Mstyslav Chernov déclare dans « 20 jours à Marioupol » : « Nous espérions que la femme enceinte sur la civière avait survécu. »
Il retourne à l’hôpital avec son collaborateur journaliste, désormais encerclé par les forces russes et défendu par l’armée ukrainienne. Une fois arrivés dans le département de la chirurgie, ils découvrent un service en pleine effervescence, débordé par le nombre de blessés. Chernov parle alors à Oksana, un des médecins, et lui demande des nouvelles d’Iryna. Elle répond : « On nous a apporté une femme enceinte d’environ 30 ans. C’était sa première grossesse et elle n’a pas survécu à ses blessures. Son bassin était totalement fracturé. (…) On a extrait un enfant mort ». Selon les soignants, la jeune femme avait crié « Tuez-moi » à son arrivée à l’hôpital, « elle savait que son bébé était mort ».
Le documentaire « 20 jours à Marioupol », mené par Chernov, est diffusé le dimanche 25 février à 22h15 sur France 5 et est également visionnable sur la plateforme france.tv. Il a été récompensé par le Prix Ciné+ au Fipadoc 2024 et est nominé aux Oscars, qui auront lieu le 11 mars.