Dans son dernier film empreint d’humanisme, Nicolas Boukhrief nous livre l’histoire émouvante d’une interaction entre deux êtres en deuil. D’une part, nous avons un enseignant solitaire et désenchanté, et de l’autre, un jeune garçon roumain, victime d’exploitation et de maltraitance.
Nicolas Boukhrief, après avoir transposé sur grand écran le captivating thriller et best-seller de Pierre Lemaitre, « Trois jours et une vie » en 2018, revient aujourd’hui avec une œuvre dramatique nouvelle intitulée « Comme un fils ». La particularité de ce film tient en sa double thématique : on y explore à la fois le déclin de l’implication des enseignants au sein des établissements scolaires de la République, et les conditions d’existence des enfants migrants. Le film « Comme un fils » sera disponible dans les salles de cinéma à partir du 6 mars.
Le personnage principal du film, Jacques (interprété par Vincent Lindon), est professeur de langue française et s’est momentanément retiré de l’Éducation nationale suite à une altercation ayant eu lieu dans sa classe. Il semble tourner en rond, esseulé dans son immense demeure qui se trouve vide. Un jour, alors qu’il fait ses emplettes à la petite épicerie du quartier, un trio de jeunes commet un braquage. Jacques intervient et contribue à l’interpellation de l’un d’eux, Victor (Stefan Virgil Stoica), un adolescent Rom de 14 ans, qui est immédiatement pris en charge par les forces de l’ordre. Quelques jours plus tard, lorsque Victor réapparaît, Jacques, ému par la situation de ce jeune garçon maltraité et contraint à des activités criminelles, décide de lui venir en aide. Cette rencontre va non seulement chambouler l’existence du jeune garçon, mais aussi redonner un sens à la vie de Jacques.
Jacques réside dans une vaste demeure bourgeoise, tout comme ses pairs chez qui il est parfois invité. Cela peut sembler surprenant, mais on finit par l’oublier. Jacques est un homme de goût, grand amateur de livres anciens qu’il collectionne et chérit durant son temps libre. Lorsqu’il a besoin de liquidités, il vend ses précieux ouvrages un à un pour financer les visites quotidiennes de Victor, qu’il négocie avec la famille de l’adolescent.
Le film aborde avec délicatesse des thèmes tels que le deuil, la parentalité et la transmission, avec comme toile de fond la question sociale de l’accueil des Roms, de leurs conditions de vie, de la violence parfois subie par les enfants. Ces problématiques sont traitées avec justesse, sans caricature, sans pathos.
Naissance d’une nouvelle famille
Au travers de sa rencontre avec Victor et de l’attention qu’il lui porte, Jacques renoue avec son existence, interrompue par un deuil. Il retrouve également une signification à son travail d’enseignant, en s’investissant dans l’éducation de Victor. « Le malaise de bon nombre de professeurs provient de leur relation avec le système éducatif dans lequel ils évoluent plutôt que d’un rejet de l’enseignement en tant que tel », souligne le réalisateur, qui a mené une enquête au sein du monde éducatif pour préparer son film. L’enchantement de pratiquer son métier, Jacques le retrouve également en s’impliquant auprès des enfants de migrants accueillis par une association. Ce lieu lui offre en retour une nouvelle famille, et peut-être même un nouvel amour.
Vincent Lindon, une fois de plus très investi et authentique, est à la hauteur du jeune Stefan Virgil Stoica, étonnant comédien roumain qui interprète le rôle de Victor avec un parfait mélange d’intensité et de retenue. Les personnages formant la famille élargie de Victor sont incarnés par des Roms, que le réalisateur a rencontrés grâce à l’association La Pagaille, fondée par Gaëtan Lecompte, qui a agi comme conseiller technique sur le film pour ce sujet.
La réalisation a permis de faire des rencontres extraordinaires. « La plupart des personnes que j’ai rencontrées étaient d’une incroyable vitalité, heureuses de partager leurs histoires et leur énergie », témoigne le réalisateur dans la présentation du film. Quelques-uns ont même rejoint l’équipe de décoration, pour apporter leur aide dans la construction du camp et rendre celui-ci le plus réaliste possible.
La caméra est presque constamment en mouvement, très proche des personnages. Filmées sur le vif comme dans un reportage, les images nous emportent dans les bouleversements émotionnels des personnages. Le film se déploie cependant à un rythme lent : celui de la patience qu’il faut à Jacques pour gagner la confiance d’un Victor meurtri par la vie, et vice versa. « A quoi je sers ? », s’interroge Jacques au début du récit. Une question à laquelle le film, empreint d’humanisme, apporte une réponse, tout en rendant un hommage particulier à la fonction d’enseignant.
Détails du film
Genre: Drame
Réalisateur : Nicolas Boukhrief
Acteurs : Vincent Lindon, Karole Rocher, Stefan Virgil Stoica
Pays : France
Durée : 1h42
Sortie : 2024
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : Jacques Romand est un professeur qui a perdu sa vocation. Témoin d’une agression dans une épicerie de quartier, il contribue à l’arrestation de l’un des voleurs : Victor, 14 ans. Mais en découvrant que ce jeune garçon déscolarisé est contraint de voler pour survivre, Jacques va tout mettre en œuvre pour lui venir en aide, quitte à affronter ceux qui l’exploitent. En luttant contre les réticences de Victor pour tenter de lui offrir un avenir meilleur, Jacques va lui-même changer son propre destin…