La décision du président Emmanuel Macron de convoquer des élections législatives anticipées a provoqué une frustration dans les territoires français d'outre-mer, où le court délai d'organisation du scrutin a été contesté devant le Conseil constitutionnel. Il existe également une certaine colère face au fait que des projets parlementaires clés pour la France d'outre-mer soient au point mort.
La décision de Macron de dissoudre l'Assemblée nationale a bouleversé le paysage politique du pays, obligeant les partis à se démener pour préparer le premier tour des élections législatives du 30 juin.
La Constitution française exige qu'un vote ait lieu au moins 20 jours et au plus 40 jours après la dissolution du Parlement.
Cependant, certains territoires d'outre-mer organisent leurs élections le samedi plutôt que le dimanche. C'est le cas de Saint-Pierre et Miquelon Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane, de Saint-Barthélémy, de Saint-Martin et de la Polynésie française.
Cela signifie que le délai ne sera que de 19 jours pour les citoyens de ces zones – une menace pour les droits constitutionnels, selon l'organisme de surveillance des droits et libertés Adelico.
Appel au tribunal
L'association a déposé cette semaine un recours auprès du Conseil constitutionnel pour obtenir le report des dates des élections législatives.
« Non seulement ce décret semble avoir été rédigé dans la précipitation, mais peut-être aussi en oubliant que certains électeurs ne résident ni à Paris ni en métropole », a déclaré mardi sur 42mag.fr Jean-Baptiste Soufron, avocat et membre d'Adelico.
Un deuxième recours a été déposé pour le même motif par l'avocat Olivier Taoumi, qui vit et travaille en Guyane française.
Soufron a déclaré que le calendrier serré pour organiser les élections créerait une différence entre les Français : « Certains verront les règles normales appliquées et d'autres non ».
L'échéance risque aussi de « décourager », voire « d'empêcher » certains candidats, a-t-il ajouté.
Vingt-sept candidats devront être élus pour représenter les territoires d'outre-mer sur les 577 circonscriptions françaises.
Selon un décret publié lundi, les candidats ont jusqu'au 16 juin pour déclarer leur candidature.
La campagne électorale officielle s'ouvrira le 17 juin à minuit et se poursuivra jusqu'au 27 juin à minuit.
Factures en attente
« Ça va être une campagne extrêmement courte pour trouver les financements, trouver les candidats et nouer les alliances », a déclaré à 42mag.fr Benjamin Morel, politologue et maître de conférences à l'université Paris II.
L'autre préoccupation des territoires d'outre-mer est le sort des travaux parlementaires déjà en cours et interrompus avec deux ans d'avance.
Morel affirme que dans la plupart des cas, les projets deviendront obsolètes, ou du moins suspendus jusqu'à ce que le nouveau Parlement puisse évaluer s'ils seront remis à l'ordre du jour.
Cela signifie que rien ne se passera avant le 8 juillet au moins, date à laquelle le nouveau parlement sera convoqué en session.
C'est le cas par exemple de la Polynésie française, où les commissions d'enquête sont au point mort, notamment celle très attendue sur les essais nucléaires menés dans le Pacifique jusqu'à la fin des années 1990.
Peut-être pour éviter de nouvelles polémiques en Nouvelle-Calédonie, Macron a annoncé cette semaine qu'un projet controversé de réforme des règles des listes électorales serait « suspendu » afin de favoriser « le dialogue et le retour à l'ordre ».
A Mayotte, un projet de loi sur le contrôle de l'immigration clandestine qui devait être présenté en Conseil des ministres en juillet a été avorté par la dissolution du Parlement.
L'île française de l'archipel des Comores, au large de l'Afrique australe, est aux prises avec la migration illégale en provenance des îles voisines non françaises ainsi que de l'Afrique continentale.
Méfiance et gouvernement
Ces tensions ont accru le sentiment de méfiance déjà présent à l’égard du gouvernement central.
La question est désormais de savoir si les territoires d’outre-mer choisiront de punir le leadership de Macron aux législatives en se tournant vers l’extrême droite comme ils l’ont fait lors des élections européennes.
Cinq des onze territoires et départements d'outre-mer français ont voté le week-end dernier pour le candidat d'extrême droite du Rassemblement national, Jordan Bardella. Il s'agit notamment de Mayotte, de la Guadeloupe, de la Réunion, de la Guyane et de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Cela a entraîné une montée en puissance du parti au niveau national, qui a vu le Rassemblement national remporter 31,36 pour cent des voix, contre 23,34 pour cent il y a cinq ans.
Si la candidate Reniassance de Macron, Valérie Hayer, est arrivée première en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, à Saint-Martin, Saint-Barthélémy et à Wallis et Futuna, le Rassemblement national est arrivé deuxième dans de nombreux endroits.
Seule la Martinique a opté pour la représentante d'extrême gauche Manon Aubry (France Insoumise), avec seulement 1 pour cent d'avance sur Bardella.