Ce mardi 15 juillet, Aurélien Saintoul, élu député sous la bannière de « La France Insoumise » dans les Hauts-de-Seine, ainsi que Jean-René Cazeneuve, député représentant le groupe « Ensemble pour la République », étaient présents sur le plateau de France Info. Cette confrontation politique s’est concentrée sur les récentes déclarations concernant le budget faites par le Premier ministre François Bayrou.
Ce passage est extrait de la transcription partielle de l’interview présentée ci-dessus. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Le mardi 15 juillet, Aurélien Saintoul, député de « La France insoumise » dans les Hauts-de-Seine, et Jean-René Cazeneuve, député du groupe « Ensemble pour la République », ont été invités sur le plateau de France Info. Cette émission avait pour objectif de débattre autour des récentes déclarations formulées par François Bayrou concernant le plan gouvernemental relatif au budget de l’État.
Premières impressions sur le Premier ministre
France Info : Quelle a été votre impression sur la prestation du Premier ministre ? Vous espériez un plan fondé principalement sur une baisse des dépenses publiques assortie d’une faible hausse des impôts.
Jean-René Cazeneuve : J’ai trouvé, sans exagération, que le Premier ministre a fait preuve d’un certain courage. Il a présenté un cadre détaillé, un exposé d’environ une heure durant lequel il a souligné la gravité de la situation. D’un côté, il y a un contexte international compliqué, et de l’autre, un déficit structurel récurrent que la France traîne depuis plus de 50 ans. L’accumulation de ces déficits entraîne des conséquences lourdes. Il a ainsi proposé un plan destiné à réduire ce déficit, et je souhaite que l’ensemble des acteurs politiques soit favorable à cette démarche. Sinon, la France risque de se retrouver dans une situation financière très délicate, avec un endettement qui nuirait à l’image et à la crédibilité du pays.
Existe-t-il plusieurs méthodes pour diminuer le déficit ?
Jean-René Cazeneuve : Effectivement, il est possible de s’attaquer au déficit de différentes façons. Cela étant, nous partageons l’objectif commun de sa réduction. Le Premier ministre a pleinement tenu son engagement sur ce point.
Nous allons détailler ses propositions, nous disposons de trente minutes. Que pensez-vous, de manière générale, de cette intervention, M. Saintoul ?
Aurélien Saintoul : Tout d’abord, sur la forme, c’était catastrophique. Oui, la forme était tout simplement inacceptable. On a eu droit à des discours commerciaux insupportables, comme si l’on essayait de faire passer aux Français un message du type « stop à la dette » ou « concentrons-nous sur la production ». Je trouve cela insultant pour nos concitoyens, et on frôle le mépris.
Franchement, cela me met en colère, et pas à moitié. Sur le fond aussi, François Bayrou a, en fait, dressé sans le vouloir un réquisitoire sévère sur les sept années de macronisme qui ont précédé. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Si on nous annonce un scénario apocalyptique à moins de se saigner aux quatre veines, c’est parce que ces sept années — ou huit si l’on considère le mandat entier — ont conduit à la situation actuelle que nous devons régler, et ce sont les citoyens qui en subiront les conséquences.
Pour balayer d’un revers de main la responsabilité gouvernementale dans cet héritage, comme l’a fait mon collègue, est inacceptable. Quand M. Cazeneuve affirme qu’il faut réduire le déficit, il oublie qu’en tant qu’ancien rapporteur général du budget, il connaît la situation mieux que quiconque. Les gouvernements successifs ont eu recours à l’article 49.3 pour faire passer leur budget. On peut critiquer les oppositions, mais au final, vous avez été les acteurs directs de cette situation que vous déplorez aujourd’hui.
Un débat sur la nécessité de réduire le déficit
Même si vous en êtes responsables et que le déficit est là, êtes-vous pour ou contre sa réduction ?
Aurélien Saintoul : Je vous réponds qu’à condition de reproduire les mêmes recettes, on obtient forcément les mêmes résultats. Or, les mesures annoncées sont du même ordre. Donc, je ne peux pas adhérer à cette logique destructrice. Je revendique une autre approche, centrée sur la relance de la production en France. Dans le contexte actuel, réduire les dépenses publiques ne produira pas les effets attendus.
Je comprends votre point, mais ma question portait sur la dette. M. Cazeneuve évoquait plusieurs manières de la réduire et l’importance d’éviter qu’un pays perde son autonomie en devenant trop endetté. Partagez-vous cette inquiétude ?
Aurélien Saintoul : Ce n’est pas moi qui ai fait le choix de financer l’État en allant chercher de l’argent sur les marchés financiers durant toutes ces années, c’est donc à eux d’assumer. Je défends au contraire l’idée de changer radicalement le mode de financement de l’Etat, comme cela se faisait jusqu’il y a environ 50 ans, notamment après la Libération. On pourrait donc agir autrement.
Cependant, si l’on se place dans la logique actuelle — celle de la réduction des déficits financée par le marché — alors la stratégie proposée est à l’opposé de ce qu’il faudrait faire. Je suis prêt à en débattre longuement, car je dispose d’une grande quantité de données chiffrées sur le sujet.
Pour moi, il est insignifiant de vouloir absolument protéger les intérêts des financiers. Je ne viens pas, la tête basse, demander pardon. On doit reconnaître que la situation est intenable. Contrairement à ce que prétend mon collègue Jean-René, il est possible de réorienter le financement public. C’est un choix politique.
Par ailleurs, agiter la peur en répétant que la France pourrait finir comme la Grèce vise à semer un climat d’angoisse pour faire plier l’opinion. Je refuse cette méthode alarmiste. Il n’y a pas lieu de céder à la panique, mais de choisir une autre voie.
En résumé, je me fiche des considérations traditionnelles sur la dette. Ce qui importe, c’est de relancer l’économie nationale, de protéger socialement les Français et d’empêcher qu’un gouvernement — qui a perdu les élections — impose un plan d’austérité destructeur qui fragilisera l’économie française. La question du désendettement est secondaire à mes yeux.
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